Le beau parcours de Tata Pound

Le groupe de rap malien Tata Pound fête ses 20 ans. © DR

Chaude ambiance et public en liesse pour les vingt ans du groupe phare du rap malien, Tata Pound. Entourés d’un panel d’artistes, les rappeurs adulés par leurs fans se sont produits lundi 21 septembre après une longue interruption de la scène musicale. 

Même les murs du Palais des sports de Bamako ont tremblé lorsque les rappeurs de Tata Pound sont montés sur scène. Une soirée marquée par les cris de joie et les applaudissements des fans qui retrouvaient les rappeurs enfin réunis, à l'exception de l'un d'entre eux, Dixon. Une date de célébration qui n’a pas été choisie au hasard : "À l'heure des 60 ans de l’indépendance du Mali, il était important pour nous de nous produire à cette date, explique Ramses Damarifa, l’un des fondateurs du groupe. Car au regard de la situation que traverse notre pays encore aujourd'hui, nous avons jugé important de remonter sur scène et de rappeler à tous, les mots et le message de Tata Pound."

Deux décennies déjà et plus encore que ces trois artistes soudés par une amitié indéfectible, déclament les mots et façonnent la rime. Une carrière commencée très tôt, lorsqu'enfants, Ramses Damarifa, Djo Dama et Dixon partageaient tout : "On vient du même quartier, explique Ramses. On se connaît depuis l’âge de 8 ans. La musique a été la continuité de notre amitié". 

Entre les parties de foot et les passions musicales, les trois adolescents découvrent le rap. Ils ont 17 ans quand à travers les mots d’IAM, de NTM et du rap américain, "tous des modèles", ils entrevoient pour eux aussi, l’opportunité de créer leur groupe : "Nous avons vite pris conscience qu’on pouvait, à travers le rap, chanter notre révolte et apporter notre pierre à l‘édifice de notre pays", précise Ramses.

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Le rappeur malien Ramses.

 

Se soulever, s’insurger, c’est dans cette singularité propre au rap que Tata Pound voit le jour. Aussi les rappeurs écrivent sans relâche et confrontent leurs textes. Leurs mots "décapent".

Un trophée qui pourtant sonne le glas 

En 2000, leur premier album donne le ton avec ce titre évocateur, Rien ne va plus. Un premier opus enregistré au Sénégal grâce à l’aide du rappeur sénégalais Didier Awadi du groupe de Postive Black Soul : "À cette époque, il avait peu de moyens au Mali pour enregistrer. Les studios n’étaient pas encore adaptés pour le hip hop, poursuit Djo. Didier Awadi nous a beaucoup aidés, soutenus et permis de travailler.". 

Au fil du temps, les Tata Pound enregistrent au Mali, à Paris, aux États-Unis. Ils produiront en tout six albums, dont Révolution sorti en 2006. Un souvenir mémorable : "C’était lors du concert dédicace de l’album. Pour la première fois, des rappeurs maliens osaient s’emparer la scène du Palais des sports de Bamako, assure Djo. Le stade était plein à craquer." D’autant que les artistes reçoivent cette année-là le Tamani du meilleur groupe de rap au Trophées de la musique du Mali.

Mais la censure sonne l’arrêt du groupe : "Un morceau de l’album a été très mal pris ! Et comme nous, on appelle un chat, un chat … à partir de là, ça a été terminé" raconte Ramses. Djo explique de son côté qu’à cette époque, comme il n'y avait pas les réseaux sociaux, ils leur étaient donc impossible de faire leur propre promotion. 

Les pères fondateurs 

Pour Tata Pound il y a des modèles. Ceux qui ont construit par la musique la liberté des mots et les fondements mêmes d’une révolte. C’est le cas du reggae et du rap qui portent ces valeurs communes. Ramses considère que le rap n'a de sens que s’il est engagé. 

D’autres artistes poursuivent cette voie et demeurent pour eux des exemples. C’est le cas de la star ivoirienne Tiken Jah Fakoly : "c’est un conseiller et un père pour nous", confient les rappeurs.  

Puis, en 2009 les trois artistes décident de mener des carrières solo avant de se retrouver en 2011 autour d’un album commun, Lekece.  

Malgré une amitié indéfectible, ils reprennent chacun leur route. Dixon s’engage dans une voie spirituelle et arrête la musique. Les deux autres artistes poursuivent un parcours artistique. 

Ramses ajoute le théâtre et le cinéma à sa carrière et se produit sur la scène du théâtre de l’Arlequin situé en région parisienne. Il joue également en 2016 dans la comédie Bienvenue au Gondwana, de Mamane, l’humoriste et réalisateur nigérien. 

Pour l’heure, lundi soir le groupe a marqué un retour en force. En l'absence de Dixon, des artistes maliens se sont succédé sur scène pour chanter sa partie "Nous sommes toujours en lien avec lui et son cœur reste avec nous", assurent Ramses et Djo. Dans quelques mois, une tournée nationale du groupe se profile à l’horizon : "Finalement, on n'a jamais cessé d’exister", ponctuent les rappeurs.