Klub des Loosers, masque blanc, cœur noir

Le rappeur Fuzati, unique membre du groupe Klub des Loosers, publie l'album "Vanité". © Fuzati

Klub des Loosers est un groupe constitué uniquement du rappeur Fuzati. Il sort ces jours-ci un quatrième album intitulé Vanité, sombre, voire désespéré, mais au flow impeccable.  

Fuzati n’est pas gentil. Rappeur atypique, ce mystérieux artiste qui sort masqué depuis ses débuts dans le game cultive un humour d’une rare noirceur, confirmée par une discographie aussi sombre qu’une journée d’éclipse solaire. Pourtant, avec Vanité, on découvre une nouvelle facette de sa personnalité, celle d’un Winner. Un autre masque bien sûr, car on retrouve sur cet album riche de 13 titres toute la désespérance, la misanthropie et l’acidité qui ont nourri la légende de ce groupe si fermé qu’il ne compte qu’un seul membre, le Klub des Loosers.

Musicalement, Fuzati fait le grand écart entre le synthétique (une boîte à rythmes vintage TR 808 qui donne le beat) et l’organique (orgue, clavecin, Fender Rhodes), proposant de vraies ambiances variétés sophistiquées, comme sur Nouvelle vague qui s’ouvre avec une boucle de piano basée sur les premières notes de La Lettre à Élise de Beethoven.

Réputé pour être volontiers off beat, hors du temps (et des modes), Fuzati adapte son flow et pousse même la chansonnette, comme sur ce Finisher qui conclut l’album en mode oraison funèbre, allant jusqu’à inviter une chorale sur trois chansons (quatre si on inclut Vanité, titre réservé à l’édition CD). Le Monde est le meilleur exemple de cette musicalité nouvelle dont on avait eu un avant-goût avec l’album de 2017 Le Chat et autres histoires. On y trouve cette rime qui résume bien le mood de son auteur : "Chaque jour est un jour nouveau mais qui ressemble tant au dernier/ Que les vies passent sans même le dire, que les vies finissent sans prévenir".

Le personnage incarné dans ses morceaux par Fuzati semble avoir pour principale lecture Suicide mode d’emploi tant les références à la mort, au pourrissement et à l’oubli imbibent ses créations rapologiques : "Le plus fort c’est la mort/ Et le temps effacera ton nom" (Winner), "De vos balcons y’a rien à voir sinon un horizon tout noir" (Réussir), "Parait que t’es fort ? Ça ne va pas durer longtemps/ De la naissance à la mort, la vie te donne et reprends" (D’or et d’argent).

Comme eux invite le chanteur du groupe Biche, Alexis Fugain, qui amène une touche de pop mélancolique sur ces trois minutes consacrées à la vacuité de la vanité humaine, puisque "les rues sont pleines de gens perdus que personne ne va rechercher".

Le second guest du Klub est le rappeur bruxellois Roméo Elvis, pris depuis l’enregistrement dans la tourmente d’une suspicion de geste déplacé envers une jeune femme fan (sans dépôt de plainte à ce jour, il convient de le préciser).

Résultat : Fuzati a zappé la partie du Belge sur Joie de vivre des sites de streaming, et s’en est expliqué dans un post Instagram : "Le couplet de Roméo, qu'il a écrit au studio, était super. Je dis "était super" parce que j’ai décidé de le retirer de la version digitale du morceau. Je condamne évidemment son comportement et il me semblerait très hypocrite de me contenter de dire ça tout en profitant de ses streams. (…) Pas grand-chose à ajouter, et non, je n’ai pas plus d’infos que vous sur cette affaire. PS : Comme quoi la joie de vivre et le Klub, ça veut vraiment pas".

Misogyne dans ses lyrics et #MeToo dans ses actes : Le Docteur Jekyll et Mister Hyde du hip hop offre une intéressante alternative à ce rap auto-tuné si populaire et si controversé par les puristes. Les amoureux des mots appréciaient déjà Fuzati mais grâce à Vanité, ceux qui aiment la pop pourraient bien les rejoindre.

Klub des Loosers Vanité (Idol/Pias) 2020
Facebook / Instagram / YouTube