Youssoupha, vues de l'espace

Le rappeur Youssoupha jongle avec les espaces et le temps dans son 6e disque "Neptune Terminus". © Alexandre Chac

Avec Neptune Terminus, son 6e disque, le rappeur Youssoupha jongle avec les espaces et les temps, s'éloigne vers la galaxie pour mieux raconter l'actualité et son intimité. Un disque de sage, qui apaise et donne de la puissance.

Voici un sixième disque, un sixième pas de géant pour le "Lyriciste Bantou", qui confirme, avec Neptune Terminus, au titre à mi-chemin entre annonces RATP et épopée intergalactique, une étape supplémentaire vers la sagesse : une escale décisive pour ce samouraï de la rime, cet ardent défenseur de la prose combat.

Par cette galette, le rappeur Youssoupha, désormais basé à Abidjan, digne fils du chantre de la rumba congolaise Tabu Ley Rochereau, révèle à nouveau son art total, complet, conscient, qui surfe sur plusieurs univers et jongle avec virtuosité à travers les espaces et les temps.

Futur, passé, présent

Il y a le futur, d’abord, avec les références à la conquête spatiale ("Loin du soleil, je rêve d’être astronaute", Astronaute), à la science-fiction si proche de notre actualité ("La police se prend pour Robocop", Astronaute), et cette utilisation d’une musique électronique savamment dosée.

Il y a le passé, avec ses allusions aux ancêtres, à la terre de ses racines, l’Afrique, aux maîtres, aux phares dans sa nuit, à Fela Kuti (Neptune Terminus), à Gil Scott Heron ("L’évolution ne sera pas télévisée", Astronaute), à MC Solaar (Solaar pleure), à Thomas Sankara (Gospel), etc. Et, évidemment, il y a le présent, et sa puissance de vie, qui irrigue chacune de ses pistes, par un flow soutenu, mais apaisé, ancré, comme le flux du sang qui coule dans ses veines, comme un battement de cœur.

Dans ce présent, Youssoupha évoque l’actualité, fustige les différences de traitement entre les Blancs et les Noirs ("Obama, prie pour moi, on attendait que ton règne vienne/ dix ans plus tard, tous tes négros sont toujours dans la merde" (Gospel) ; "Au bled, on s’achète des 4*4 au lieu de réparer des routes (...), ils ont volé nos œuvres d’art, les ont mis dans leurs expos" (Solaar pleure)).

 

Sur ces lyrics, l’artiste affirme sa position solide et ambivalente, un pied en France, l’autre en Afrique ("La France, plus je la quitte, plus je l’aime", Gospel ; "Faut que j'arrête de penser à l’Afrique, seulement quand la France me déçoit", À chaque jour). Il envoie des beats qui oscillent entre rumba, coupé-décalé et sons hip hop US.

"Pour l’infini et au-delà"

Et puis, entre deux observations sur la société, le rappeur parle avec tendresse de sa famille, de ses deux enfants, de l’amour de sa vie (Maryam) et donne une leçon d’humanité à son fils (Mon roi, "N’essaie pas d’être parfait, essaie d’être heureux"). Et ainsi Youssoupha le king, le "Prims Parolier" se révèle-t-il à nu, sans couronne, avec ses failles, dans sa stricte intimité. Et ainsi peut-être, montre-t-il la lumière...

Avec ses featurings qui nuancent ses propos de couleurs différentes (Gaël Faye sur Interstellar, Dinos & Lefa sur Kash, Jok’Air sur Après-soirée), il désigne la voie grâce à sa capacité à changer de focales à chaque piste : s’éloigner vers les étoiles, observer la politique, la société, revenir au cocon familial.

Et puis, il y a cette spiritualité qui traverse ses titres (Gospel, en forme de prière) et cette aspiration à la sagesse, cette quête du bonheur ("C’est le karma qui nous guide, n’ayons pas peur d’être heureux, je préfère être heureux, que d’avoir raison", Karma).

Voici un disque qui apaise et donne de la puissance. Dans Astronaute, le rappeur affirme : "Je ne suis pas là pour un buzz éclair, mais pour l’infini et au-delà." On le croit !

Youssoupha Neptune Terminus (Believe) 2021
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