Damso sort "QALF Infinity"

Damso lors de la cérémonie des Victoires de la musique, février 2019. © AFP/Thomas Samson

Damso, rappeur belgo-congolais, sort un nouvel album QALF Infinity, quelques mois seulement après QALF, un opus qui l'a propulsé en tête des streams dans le monde entier le jour de sa sortie. Retour sur le parcours d'un artiste qui prétend ne pas avoir grand-chose à dire….

"Star absolue du rap contemporain". C’est en ces termes flatteurs que la journaliste Léa Salamé présentait Damso sur La Matinale de France Inter le jour de la sortie de QALF Infinity, son nouvel album, ou plutôt l’extension de son prédécesseur QALF, paru en septembre 2020. "Le Gainsbourg du rap", ajoute la présentatrice décidément "tombée love" du gangster des mots. Sauf que Damso, né William Kalubi Mwamba, le 10 mai 1992 à Kinshasa, n’a pas besoin de comparaison avec les totems de la chanson française pour briller.

C’est en 2014 que sort Salle d’attente, son premier projet, une mixtape disponible en téléchargement. Onze titres avec en guise d’apéritif Ma Putain, qui donne le la et annonce une carrière en forme de slalom entre les sommets textuels et l’obsession sexuelle.

La lumière médiatique, Damso commence à l’entrevoir avec son featuring sur le titre de Booba Pinocchio, inclus en 2015 sur l’album Nero Nemesis. Et il y fait référence dans Passion, titre-clé de QALF Infinity qui revient sur le divorce artistique avec B2O et sur les difficultés vécues quand on atteint enfin la célébrité, décrivant la vie de star comme "un milieu carcéral de luxe".

Cinq albums

Et puis la confirmation arrive avec Batterie faible en 2016, puis les succès successifs d’Ipséité en 2017 (Disque de diamant, 500.000 ventes) et de Lithopédion en 2018 (300.000 ventes, triple platine). Une quinzaine de singles d’or et quelques tournées plus tard, Damso est devenu un poids lourd du rap francophone, ce que va confirmer QALF, son très attendu 4e album qui fut l’occasion pour l’artiste de se placer en tête du Top Stream mondial le jour de sa sortie avec 14 millions de streams.

"J’aime moins parler parce que je pense que je n’ai pas trop de choses à dire", affirmait le rappeur à France Inter lors de l’unique interview qu’il accorda pour la sortie de QALF Infinity. Étrange affirmation de la part d’un artiste qui brille avant tout pour ses textes, et qui n’a jamais hésité à aborder des thèmes originaux, comme dans le fameux morceau Julien qui évoque la pédophilie et où la chanteuse Elisa Meliani joue le rôle de Julien.

Des regrets ? Damso en a peu. Ou plutôt il en a un, c’est d’avoir sorti le morceau Amnésie sur son premier album officiel, Batterie faible, et il s’en est longuement expliqué en janvier dernier dans le quotidien Le Monde : "J’ai fait des chansons sur tout, je prends juste la décision de les diffuser ou non. Le seul morceau qui a échappé à cette règle, c'est Amnésie. Mon studio était alors mon endroit de vie. Quand tu vis dans ton studio, tu ne te rends pas compte, tu n’as pas de recul. Après l’avoir sortie, je n’étais pas bien, j’ai fait toute la tournée sans jamais chanter cette chanson. Je n’étais pas en accord avec moi-même. C’est la seule fois où j’ai manqué de recul. Finalement, cette chanson a été retirée des plateformes". Le refrain, "Je fume pour oublier que je l’ai tuée", évoquait le sentiment de culpabilité ressenti après le suicide d’une femme qu’il avait aimé.

Damso sexiste ?

Les femmes, sujet majeur dans les textes de Damso, régulièrement taxé de sexisme par ses détracteurs, parmi lesquels Viviane Teitelbaum, présidente du Conseil des femmes francophones de Belgique qui contribua à empêcher la chanson Humains de devenir l’hymne de l’équipe belge des Diables Rouges pour le Mondial de football 2018. "Mettons le sexisme hors-jeu, carton rouge pour Damso !" écrivait-elle fièrement dans un tweet en novembre 2017 (retweeté… 13 fois en 3 ans et demi) renvoyant à une tribune de son blog Vitelu qui démontre son peu de connaissance en la matière.

Bien sûr, il existe des textes de Damso qui peuvent faire grincer des dents les féministes. Ainsi N. Vantablack, sur QALF Infinity, au texte d’une vulgarité rare. Mais il s’agit plus d’un exercice de style que d’un aveu de manque d’inspiration, comme c’est souvent le cas dans les textes "sales" du rap français.

Une grille d’analyse qui se confirme avec Chialer en collaboration avec le jeune Bruxellois YG Pablo, seul featuring du disque. Un morceau qui accumule les lyrics sexuels, mais raconte surtout la lassitude qui s’immisce dans la suite de répétitions qu’est la vie, qu’il s’agisse de fumer de l’herbe ("La beu-her ne fait plus effet") ou de faire l’amour ("Je ressens plus grand-chose même quand je gicle").

Dans un rap qui aime multiplier les coups de menton et bomber le torse, il faut écouter le texte de Youvoi, qui vient conclure ce second volume de QALF : Damso y assume le rôle de ce mec de quartier qui vient faire de la figuration et quelques grimaces devant la caméra sur le clip d’un rappeur, celui qui "tient le calibre (…) Face cam, regard méchant" pendant son quart d’heure de gloire.

Une perspective originale, et une nouvelle preuve de la recherche perpétuelle d’originalité chez ce rappeur difficile à classer : Lover à la Marvin dans 911, fier de sa réussite matérielle dans 2 Diamants et papa gaga de son fiston dans Deux toiles de mer.

Petite entorse à la convention discographique voulant que les albums sortent désormais le vendredi, QALF Infinity est sorti sur les plateformes le jeudi 28 avril, date du quatrième anniversaire de son album Ipséité. Un dernier disque avant la retraite, à la façon de Booba après la sortie d’Ultra ?

Damso va-t-il "faire son studio dans son camping-car et vivre sa passion sans que ce soit forcément un métier", comme il le réitérait au micro de France Inter ? En attendant, les fans de rap francophone de qualité pourront apprécier le flow Damso sur QALF Infinity, onze chansons qui viennent ajouter une nouvelle pièce au puzzle de mots qu’est le répertoire de cet artiste versatile dont le palmarès rapologique ne cesse de se consolider.

Damso QALF infinity (Trente-quatre Centimes) 2021
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