Georgio, maraudeur du son "Sacré"

Georgio. © N'Kruma

Le jeune rappeur français Georgio est l'auteur d'un album qui vient de sortir, intitulé Sacré, un peu moins sombre que les précédents. Rencontre.

28 ans et déjà un sacré palmarès pour Georgio, remarqué sur scène en première partie du groupe Fauve et auteur à 22 ans de Bleu Noir, un disque aussi sombre que son titre qui révélait une plume riche, trempée dans la nostalgie. Six ans et trois albums plus tard, Georgio est de retour avec Sacré, un disque sur lequel on entrevoit la lumière et qui name droppe aussi bien Romain Gary que Jay Z, Jacques Prévert que Toni Morrison.

Introspection et références littéraires, flow complexe et mélodies lumineuses, le Georgio millésime 2021 révèle une maturation optimale, avec en renfort quelques MCs de qualité tels que Kalash Criminel et S. Pri Noir, Sanka et Zikxo. Le rappeur qui roule en moto sur une plage bretonne en couverture de son album nous livre quelques clés pour mieux le comprendre et l’apprécier. Go, Georgio.

RFI Musique : Sacré, ça peut sembler étrange comme titre pour un album de rap…
Georgio : Pendant le premier confinement, je me suis renseigné sur le sacré et le profane, et je me suis rendu compte que j’avais pas mal de rituels, notamment pour écrire chez moi le soir seul, faire tourner les instrus en boucle, checker mes musiciens dans le même ordre avant de monter sur scène. Du coup, je me suis rendu compte combien la musique était sacrée pour moi. Je cherche à me réinventer à chaque album, et je ne savais plus trop comment me situer. J’ai appelé Orelsan, il est passé deux ou trois fois au studio me donner des conseils, et ça a été un second souffle pour finir le disque.

On a l’impression que vous privilégiez l’émotion plutôt que l’efficacité…
Oui, c’est pour ça que le créneau des morceaux de 2’30 avec juste deux couplets, je ne suis pas touché par ça. Ça peut durer 4 ou 5 minutes, comme je le ressens. Le plus important, c’est l’émotion qu’on met dedans.

On sent chez vous une fascination pour l’attitude rock...
J’adore le rock, qui a une énergie qu’on peut retrouver dans le rap avec la trap. Mon père me faisait écouter les Sex Pistols et quand on est jeune, on se prend le truc, on ne se rend pas compte de l’enjeu politique de la musique. Pour moi, le rap est la suite du rock dans l’esprit de rébellion, de dénonciation. C’est une musique qui se fait en opposition à de nombreux médias qui ne veulent pas l’entendre. Je trouve ça intéressant de connaitre ces deux musiques et d’essayer de les rassembler.

Ça vous désole que la culture rap soit absente chez plein de nouveaux rappeurs ?
Je trouve beau qu’un mec comme Koba LaD, dont la vidéo de Rap Jeu a beaucoup tourné, ne connaisse pas IAM et arrive à s’approprier cette musique et à bien rapper sans savoir ce qui s’est fait avant. C’est aussi ça la force du rap, une musique qui s’est tellement réinventée que des jeunes peuvent la prendre en cours de route et se l’approprier. Alors, je ne dirais pas que ça me désole, mais je trouve ça dommage tellement le rap est une musique incroyable. Il y a eu des choses folles que j’ai envie de partager avec ceux qui ne les connaissent pas. Bien sûr il y a des morceaux qui me dépassent, je ne vais pas dire lesquels, mais c’est trop. C’est intéressant de sortir des codes du rap, mais parfois, on s’éloigne trop du côté dissident. J’ai quand même l’impression que des artistes comme Damso ou Freeze Corleone, qui ont une manière d’écrire violente, font que ça reste une musique en opposition à plein de codes. C’est une musique devenue populaire, mais qui n’avait rien, ou presque, pour le devenir.

Dans l’émission Fanzine sur YouTube, vous avez fait une reprise superbe de Göttingen de Barbara. Avez-vous toujours su chanter ?
Quand j’ai fait mon premier morceau chanté, Héros (sur Bleu Noir en 2015), j’ai hyper galéré et puis j’ai compris comment maitriser ma voix. Donc pour reprendre Barbara, je ne savais pas quels arrangements Waxx et C. Cole avaient préparé et pour être honnête, je me suis dit "Mais pourquoi j’ai choisi ce morceau, il est dur à chanter !" Je l’ai interprété à ma manière, avec mes limites.

Reprendre du Alpha 5.20 et du Barbara dans la même émission, quel grand écart !
Carrément, c’est Jean-Claude Van Damme sur les deux camions ! Mais c’est ce qui est cool, montrer les différentes influences.

Quels souvenirs gardez-vous des premières parties de Fauve ?
Une expérience scénique incroyable. C'était la première fois que je faisais des Zénith. Et ça m’a permis d’aller au-delà des possibles, d’être dans une grande ouverture d’esprit. Parfois, il faut une énergie folle pour aller chercher le public, mais on finit toujours par y arriver.

Dans le rap français, beaucoup d’artistes se voient avec une durée de carrière très limitée…
Moi, je me vois bien comme Oxmo Puccino, qui au fil du temps a changé musicalement même si on retrouve son rap, ou Youssoupha, qui ne veut pas faire du son comme s’il avait 20 ans, et qui rappe son âge. J’ai 28 ans, et je me vois faire de la musique à 60 ans.

Sacré, c’est un album de scène ?
Chaque fois, je me dis que mon disque n’est pas pour la scène, et à chaque fois je trouve des moyens pour qu’il le devienne, pour que ça soit plus violent, plus rock, plus rentre-dedans, et ça sera pareil pour celui-là quand on pourra refaire du live. Là, je me demande surtout comment jouer devant un public assis. Plonger dans la foule, ça n’est pas pour demain, malheureusement.

Dans Parallèle, votre feat avec Zikxo, vous rappez "Arrêtez de parler, le silence est précieux"
C’est vrai, parfois on dit tellement de conneries, il vaut mieux se taire.

Georgio Sacré (Wagram Music) 2021
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