Lonepsi, rappeur à cœur

Le rappeur Lonepsi sort son premier disque, "Après la pluie". © Tanguy Dlvt

À 27 ans, le rappeur Lonepsi sort son premier disque, Après la pluie. Cet album empreint de nostalgie évoque volontiers le temps qui passe et des amours torturés. Présentation de ce jeune rappeur à l’âme romantique, qui manie avec habileté les mots et compose ses musiques au piano. Parfois à la limite du slam, Lindolfo Gargiulo signe un album aux textes touffus et aux musiques aériennes.

Au téléphone ce jour-là, Lindolfo Gargiulo répond avec une précision presque clinique à nos questions. D’une voix calme et un peu moins grave que celle qu’on peut entendre sur son disque, il revient en détail sur ses premiers pas. "J’ai commencé par écrire sans savoir qu’un jour, cela allait prendre une forme musicale. Au tout départ, je rappais parce que je ne savais pas chanter. Poser ma voix sur un instrumental, c’était une façon de chanter à cloche pied. J’ai appris à chanter plus tard", rembobine-t-il. Sous le nom de Lonepsi (Epsilon, à l’envers…), le chanteur de 27 ans fait paraître Après la pluie, un premier album aux textes littéraires et aux instrus planants.

Au premier jour, il y a des poèmes et des carnets noircis pour le jeune "Lindo". Fils d’une psychologue et prof d’université et d’un chef de bureau dans une ambassade devenu psychanalyste, il grandit dans le 93, à l’est de Paris. Les parents ont fui la dictature argentine, le milieu est intellectuel mais modeste. Au lycée, il découvre le film 8 Mile, qui raconte la vie d’Eminem, et s’essaye aux battles de hip hop avec sa bande de potes. Le rap rapide, technique, ne lui correspond pas vraiment. Le déclic intervient lorsque les textes qu’il gratte depuis longtemps se rencontrent avec un flow plus posé.

Premier album à l’âme romantique

Son premier album paraît après deux mini et la mixtape Les premiers sons du reste de ma vie, qui compilait ses premiers essais. Il contient quatorze morceaux qui sont, dit-il, des "souvenirs ramenés par la pluie". La pluie est ici un élément magique, comme dans le poème du célèbre auteur argentin Jorge Luis Borges que lui lisait son père quand il était enfant. "Ce titre suggère quelque chose qui est en train de se terminer et le début d’autre chose. Faire un premier album, c’était l’occasion de réunir l’identité textuelle et musicale que j’ai expérimentée depuis cinq, six ans. C’est l’occasion de fermer le livre et d’en commencer un nouveau, sans doute moins ombrageux", explique-t-il.

La nostalgie infuse ce disque qui parle d’histoires de cœur torturées comme du temps qui passe.  Dans Les deux f du mot souffrir, Lonepsi évoque ces moments insouciants où il fumait des joints dans sa banlieue. "Pour moi, la nostalgie est quelque chose de très positif. C’est penser le passé avec le sourire plutôt qu’avec des regrets", glisse-t-il. Il y a parfois des allers-retours entre un Lonepsi d’aujourd’hui et un autre, qui irait vers les vieux jours. L’écrivain et chroniqueur littéraire Frédéric Beigbeder prête une voix presque surnaturelle à ce personnage vieillissant, signant l’une des rares collaborations de ce disque.

C’est "la dernière fois que j’écouterai une personne de tous mes yeux / Et que cette même personne aura la force de me faire perdre mon sérieux (...) La dernière fois que je retoucherai à un souvenir / La dernière fois que je me dirai que s’échapper ce n’est pas forcément fuir", dit ce dernier dans la conclusion de ce disque. Influencé plus jeune par IAM, la Scred Connexion ou Booba, Lonepsi semble s’en être détaché. Son flow qui porte les vestiges de ses exercices de voltige textuelle du passé se situe parfois à la limite du slam. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Rappeur et compositeur au piano

Auteur-compositeur, Lindolfo est l’un des rares rappeurs à écrire ses propres instrumentaux. Pianiste, il s’est mis au clavier sur le tard, à l’âge de 17-18 ans. "La première musique qui m’a mis une claque comme pas possible – j’ai presque failli m’évanouir tellement c’était fou... –, c’était le Clair de lune de Debussy. Quand on commence par ce genre de chef-d'œuvre, on se dit que la musique est réservée à des génies. J’étais un mélomane, j’écoutais de la musique tout le temps, mais je me disais que j’allais probablement ne jamais en faire. Et puis, il y avait un piano chez moi, j’ai finalement franchi pas. Mes parents m’ont encouragé et j’ai continué à composer", raconte-t-il.

Pour son album, il a composé tous les titres à l’exception de Ce que je vis me manque déjà. Coécrite avec le pianiste Sofiane Pamart, cette chanson d’amour à la tonalité existentielle pourrait bien être sa carte de visite. Qu’a-t-il retenu de cette collaboration avec "le" pianiste le plus demandé du rap actuel ? "On s’est rencontré il y a trois ans. Ce qui m’a impressionné c’est sa virtuosité et le fait qu’il comprenne vraiment l’artiste qu’il a en face, un paysage ou une atmosphère. C’est quelqu’un de très sensible ", assure-t-il. Pour achever ses chansons, le garçon a fait appel au producteur électro Jen Jis, remixeur pour Mylène Farmer, Melody Gardot ou Sting.

Au début de l’année prochaine, Lonepsi doit rencontrer son public sur scène. Il l’a déjà fait à de nombreuses reprises. Mais il pourra vérifier dans cet élément que les like, les followers, le nombre de vidéos vues sur Internet, font parfois un peu plus que le beau temps.

Lonepsi, Après la pluie (Wagram Music / 3ème Bureau) 2021

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