Youv Dee, le rap couleur métal

Le chanteur Youv Dee. © Razasan

Un rappeur qui s’ouvre aux sonorités rock et à l’électro ? C’est Youv Dee, dont le dernier projet La Vie de luxe est réédité avec 6 nouveaux morceaux à l’arôme rock. Entretien.

Dans un monde rap souvent tenté par l’uniformité, Youv Dee s’impose comme un artiste qui tente d’aller voir ailleurs, là où nul ne l’attend. En effet, après des débuts dans le rap orthodoxe sous le nom de Don Jam, le jeune Jamal Thioune, 26 ans en mars prochain, est devenu Youv Dee, un artiste qui va de plus en plus loin dans son flirt avec les sonorités électriques.

Avec une discographie dont les titres confirment une passion pour le monde des mangas (Vogue Merry avec L’Ordre du périph, Monkey D Luffy sur son projet solo Gear 2), Youv se lance désormais dans des sons de plus en plus organiques à la couleur punk rock appuyée, comme sur cette Dark Edition de son dernier album La Vie de luxe, où six nouvelles compositions témoignent de son amour pour les guitares hurlantes et les batteries à l’ancienne. Rencontré à sa maison de disques, ce rappeur atypique aux "face tats" (tatouages sur le visage) et aux fins dreads nous explique sa philosophie et son goût pour les décibels du rock dur.

RFI Musique : bonjour Youv Dee. D’où vous vient ce nom ?
Youv Dee : Je m’appelais Don Jam, mon premier nom de rappeur. Youv, ça sonne comme voyou en verlan, Dee, ça permettait de garder le D, un parallèle avec le manga One Piece. Je m’appelle Jamal et le D il n’y en a pas, il est invisible.

Ce qui vous distingue des autres rappeurs français, ce sont ces sonorités de guitare entendues dans vos chansons…
J’ai toujours aimé la musique. Mes premiers gros riffs que je me suis pris malgré moi, c’était sur des AMV (Anime Music Video, ndlr) de mangas. Et puis les Red Hot Chili Peppers, Evanescence, The Offspring, j’ai kiffé tout ça et je me suis fait ma culture de fil en aiguille. J’ai toujours été un peu à côté de la plaque. Quand j’étais Don Jam, je voulais faire du boom bap, mais je me retrouvais à faire de la trap. J’avais deux/trois sons sur SoundCloud où je criais. Je cherchais une énergie un peu rock. Et dès que j’ai pu avoir mes premières instrus avec des guitares électriques, je les ai utilisés sur mes premières mixtapes. J’en ai toujours rêvé. J’ai commencé par le rap pur, mais dès que j’ai commencé à jouer sur scène, j’ai ramené un petit guitariste pour mes premiers concerts solo.

Et ça n’est pas dur de trouver sa place avec un style hybride dans un monde musical où on aime mettre les artistes dans des cases ?
Je ne sais pas si ça s’estompe avec le temps, et c’est vrai qu’il est plus facile de me coller l’image de rappeur, mais pour certains loups du rap, je suis le rocker. Je n’ai pas envie de l’une ou l’autre de ces appellations. Je me vois plutôt comme un artiste, ou si c’est trop prétentieux, artiste en devenir. Moi, de base, je ne voulais pas me mettre dans un sac, c’est pour ça que dans ma musique, j’essaie toujours de préparer les gens à ce que je ne finisse pas dans le rap. Les cases, c’est réducteur. Avoir le cul entre deux chaises, c’est l’histoire de ma vie ! Dans le rap, je n’étais pas assez street pour être vraiment rappeur, et dans le rock, je serai trop street pour être un rocker.

 

Dans la Dark Edition de votre album, on trouve le single À quoi ça sert, qui a un côté mélodique et rock…
J’étais bloqué au studio avec Baptiste Faurel, mon ingé, un bon métalleux pur souche, je lui disais que j’avais envie de faire mon petit son punk californien. J’avais déjà terminé mon projet La vie de luxe sur une fin assez Japan rock un peu similaire, mais vu sous un autre aspect. Il y avait 15 titres, dont trois/quatre qui tiraient vers le rock, pour préparer mon public. J’ai lancé l’idée à Baptiste. On a cherché des guitares pendant quelques heures. On a trouvé le bon riff et j’attendais mon petit chef, comme le rat dans Ratatouille. Quel que soit le genre que je joue, j’attends toujours d’avoir l’idée qui me passe par la tête. Fun Fact : Je m’écoutais les mélos en boucle comme j’en ai l’habitude et j’essayais d’arrêter la clope à ce moment-là. Et je me dis que je n’arrive pas à m’arrêter, que c’est chiant, pourquoi je fume, à quoi ça sert… "À quoi ça sert… " (il chantonne) Et hop, un son !

Vous pensez quoi de l’utilisation intensive de l’Auto-tune, c’est un débat pour vous ?
Non. Plus le temps avance, plus je comprends que la voix est un instrument, donc pour quoi s’en priver ? L’Auto-tune, je suis content de l’avoir eu. Si ça n’avait pas été là, ça m’aurait peut-être découragé de faire de la musique à l’époque. Et j’étais fan de T-Pain. Sa manière d’utiliser l’Auto-tune, de le rendre si émotionnel, c’était trop bien. En plus maintenant, je connais l’histoire, comment il a cherché le truc pendant un an et demi avant de le trouver, que ça marche, qu’ensuite on lui a dit : "Mec, tu as niqué l’industrie, grâce à toi on n’a plus qu’à trouver des gens beaux" … Quelle histoire, c’est trop bien ! Et puis c’est un dérivé du vocodeur, c’est une suite logique.

Quel serait votre featuring rock rêvé ?
Il n’est plus là, mais Kurt Cobain, forcément. Sinon en France, il y en a plein. Kyo j’aimerais bien, Mylène Farmer, je kifferais de faire un truc avec elle, BB Brunes, je kiffais grave. Téléphone aussi, Trust moins. Et aux States, actuellement, ça serait plus avec Travis Barker (batteur de Blink 182 et artiste solo ayant collaboré avec Snoop Dogg, Lil Wayne, Pharrell, etc., ndr), qui a porté le renouveau de la batterie. Sum 41, ça me ferait tripper aussi.

Youv Dee La Vie de luxe Dark Edition (Virgin Records) 2022
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