Sopico, rappeur brouilleur de piste

Le chanteur français Sopico, fin avril 2022, dans la salle de concert parisienne de l'Olympia. © Edmond Sadaka / RFI

Armé d'une guitare qui ne le quitte jamais, Sopico cultive sa fringante radicalité et fait souffler une brise nouvelle dans la nuque du rap français. Nous avons rencontré récemment le Parisien de vingt-cinq ans lors de son passage au Printemps de Bourges.

 

Au Palais d'Auron, une des scènes principales du Printemps de Bourges, c'est la grande confusion des sens, la valse des ambiances, le vaste zouk des impressions. Métallique, blues urbain, nervosité rock, sensibilité charnelle, spleen brumeux. Pareil pour les textes, il y a ce va-et-vient entre légèreté premier degré et probantes percées métaphoriques. À l'arrivée, oreilles et jambes ne tombent pas toujours d'accord, chacun son verdict. Et l'impression tenace que la prolongation à venir - certainement pour juin - de son album Nuages sera musicalement d'une autre tonalité.

Il est comme ça, Sopico, à la fois (dé)faiseur de climats et brouilleur de pistes. Cascadeur aussi, à l'image de son clip Slide où, attaché à un câble et guitare à la main, il dévale en équilibre la façade de la tour Pleyel, gratte-ciel désaffecté de Saint-Denis d'une hauteur de 130 m. Un garçon ouvert à toutes les évasions, capable de reprendre du Otis Redding avec Sting sur le plateau de Taratata que de s'acoquiner - alors qu'il était approché par le label de Booba - avec Yodelice, ultime complice de la traversée artistique de Johnny Hallyday, pour la production de son disque.

"Avant de décider de bosser ensemble, on fait un peu de sons et ça a matché direct. On a la même compréhension de la musique et une certaine ouverture. Ce sont des destins croisés et on s'est rencontrés grâce à l'amour qu'on a tous les deux pour la guitare". On n'y échappe pas, à la guitare, sa plus fidèle alliée, l'instrument responsable de ses élans de décloisonnement.

"Je m'en sers comme une arme, mais aussi comme un chevalet. Parce que c'est toujours la guitare et ma voix. Et autour de ça, il peut se passer beaucoup de choses. J'aime qu'il y ait cette connexion intime entre l'instrument et moi". Il dit, en chanson, être "la fusion de Nirvana et Wu-Tang". Sidérant d'audace, sans accroche au grand respect des canons.

Émulation et création

Sopico a pris racine au sein de la 75e Session, collectif de rappeurs parisiens (mais aussi de vidéastes et photographes) dans lequel sont passés également les Lomepal, Nekfeu ou Georgio. "Je me suis retrouvé en compagnie de personnes qui avaient un désir d'émulation, de création. Cela allume ta propre flamme. Le parcours underground et indé dans le rap. C'est ce qui m'a permis aujourd'hui de me sentir libre de faire de la musique. Je regarde le passé avec tendresse et le futur avec détermination".

Celui qui s'appelle Sofiane au civil oscille entre l'introspection et le fantasmé, le tranchant et le sensitif. Toujours soudé, au fil des titres, à un rapport émotionnel. Doit-on y voir là la symbolique de la larme qui s'échappe de son visage sur la pochette du disque ? "J'ai voulu ne pas faire d'expression faciale pour justement montrer que j'étais presque impassible. En réalité, ça vient casser cette espèce de poker face. Mais si on va un peu plus loin dans l'interprétation, il n'y a qu'une larme et personne ne pleure d'un seul œil. Cela signifie peut-être que je suis quelqu'un qui se protège énormément vis-à-vis des sentiments et qui explore beaucoup les émotions. Les sentiments et les émotions sont deux choses qui se répondent et s'entendent très bien".

Cinéma

Il faut aussi se souvenir de son échappée il y a deux ans dans Eddy, la série jazz de Damien Chazelle (réalisateur oscarisé pour La la Land). En plus d'un rôle, Sopico a collaboré à la bande originale. "Ils cherchaient des artistes à la fois instrumentistes et interprètes. Je n'ai pas hésité parce que Whiplash est un de mes films préférés. J'étais en train de manger des bonbons dans mon lit lorsque j'ai reçu la double bonne nouvelle. Deux semaines après, je me retrouve au studio de la Seine avec Randy Kerber et Glen Ballard qui a notamment travaillé sur l'album Bad de Michael Jackson. C'était une expérience folle et ça m'a fait sans conteste grandir artistiquement".

À l'aise devant la caméra, le rappeur du XVIIIe arrondissement suscite des convoitises. Il discute, ne se précipite pas. "Si je me retrouve à nouveau un jour à l'image, je veux que ce soit là où on ne m'attend pas. Une sorte de contre-pied". Tout un art chez lui.  

Sopico Nuages ( Universal Music Division Polydor) 2021
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