Marithea, jeune afro-colombienne qui brille sur la scène rap internationale

La rappeuse colombienne Marithea. © Andrés Rivera-Red Bull

La freestyleuse de rap colombienne a marqué l’histoire en devenant la première femme à remporter, en 2021, la finale nationale de la Red Bull Battle, une compétition de rappeur(se). Marithea affiche fièrement sa coupe afro et défie les hommes majoritaires dans cet univers musical. Son succès est le symbole d’une réussite hors normes pour une communauté afro-colombienne à la recherche d’émancipation. 

A 23 ans, Maribel Gómez pourrait être l’incarnation du rêve caleño (gentilé des personnes natives de Cali). "Je ne bois pas, je ne danse pas, je n’ai pas de tatouages. Vivre à Cali est la pire chose que l’on puisse dire", reconnaît l'artiste, "mais rapeo! (Mais je rappe)

C’est avec ce franc-parler que la Colombienne a séduit le public et gagné des titres comme freestyler de rap. Sa carrière a débuté très jeune.

"J’ai commencé à rapper à mes 14 ans. A 16 ans, je cherchais des références musicales sur YouTube et je suis tombée sur du freestyle. J’ai découvert une battle au Venezuela. Ce jour-là, je suis tombée amoureuse de ce genre musical et c’est toujours le cas."

Cet amour pour la musique l’a sauvée, ainsi que sa famille, de la pauvreté. C’est d’ailleurs sa mère qui l’inscrit contre son gré à sa première compétition à Cali. Elle a alors 19 ans et sa prestation contre Shein lui vaudra près de 54.000 vues sur YouTube. Elle rappait : "je viens changer l’histoire."

Subvenir aux besoins de la famille

Marithea ne se projette pas. Elle vit le moment présent. Son objectif est avant tout de continuer à subvenir aux besoins de sa famille, car sa mère a perdu son emploi durant la pandémie. "Le freestyle a bouleversé ma vie. Tout d’abord parce que c’est devenu mon travail. Ensuite, car j’ai gagné en auto-estime et en confiance. Je suis plus sûre de moi."

A la question, est-ce difficile d’évoluer dans un univers majoritairement masculin, Marithea répond sans détour : "Le rap est né d’un mouvement de protestation donc ce n’est pas vraiment sur scène ou avec mes collègues que j’ai eu des difficultés. Il n’y a pas de discrimination entre nous. J’ai plus eu des problèmes avec le public. Je devais le convaincre. En gagnant des compétitions, le public a fini par me respecter."

 

Des racines afro décomplexées

La rappeuse au regard perçant et aux cheveux crépus en coupe afro ne cache rien de ce qu’elle est. Sur scène, en compétition ou représentation, ses phrases coupent comme un rasoir et électrisent ses adversaires et le public. Désormais, elle a un manager et voyage à travers le monde entier, notamment au Mexique où elle se prépare aux prochaines compétitions.

"Cet univers est devenu très multiculturel même si les personnes afro qui font du freestyle sont une minorité. Donc, mes racines afro sont importantes, mais elles ne jouent pas dans mon parcours en tant que tel. Ça ne l’influence pas. Ce n’est ni un avantage ni un désavantage."

Malgré elle, Marithea est devenue un exemple. Les afro-colombien(nes) de sa ville, Cali, mais aussi du pays andin sont admiratifs de son parcours. "Je sens que je suis un exemple, disons collatéral. C’est-à-dire que je n’ai jamais pensé le devenir et je n’ai rien fait en particulier pour ça. Je fais les choses pour moi en priorité. Mais si les gens s’identifient, ils sont libres de le faire."

Jeune femme humble, Marithea garde la tête froide. La freestyleuse veut poursuivre sa carrière dans le rap et "être heureuse dans ce que je fais et que ma carrière ne soit jamais un poids pour moi."

Site officiel / Instagram / Facebook