Filentre, l'espoir français du reggae africain

Filentre © Scountrypics

Inédite, la trajectoire suivie par le chanteur et guitariste Filentre prend à contrepied les schémas classiques : c'est en Afrique de l'Ouest que le reggaeman du sud de la France a effectué jusqu'à présent l'essentiel de sa carrière et conçu son nouvel album Inou Wali, enregistré à Bamako avec des musiciens ivoiriens.

Quand il pose pour la première fois le pied sur le sol africain à 27 ans, Filentre n'a aucune idée de ce qui l'attend vraiment. Lui qui rêve de découvrir ce continent sur lequel l'album Survival de Bob Marley l'a amené à porter son regard n'a fait que répondre à une invitation. Celle des deux membres de Banlieuz'art, avec qui il était entré en relation par Internet après les avoir entendus jouer un reggae acoustique sur le Web et être tombé sous le charme de leur musique urbaine. En juin, il était parvenu à faire venir le duo guinéen à Montpellier, sa ville, pour qu'il s'y produise. Des liens se sont noués, mais le jeune Français ignorait tout du statut de ses nouveaux amis chez eux.

"Je n'étais pas au courant que c'étaient des stars dans leur pays !" assure-t-il. À peine vient-il d'atterrir à Conakry en décembre 2012 que le voilà à l'affiche d'un festival d'une ampleur à laquelle il n'est guère habitué. "Mon premier concert en Afrique, c'était devant 25 000 personnes. Je vous laisse deviner l'expérience que ça a été", rappelle Filentre, avec une forme de reconnaissance, conscient que ce pari était audacieux. Car "si ça ne se passe pas bien, il faut vite redescendre de scène". Mais avec le public, le courant passe immédiatement. "J'ai été adopté musicalement", poursuit celui qui n'avait jusqu'alors sorti en France qu'un album resté "confidentiel".

Dans la capitale guinéenne, il rencontre les talents locaux de sa génération : le reggaeman Takana Zion, Soul Bang's, Instinct Killers... Ce premier contact est si prometteur que le Français revient l'année suivante, et se lance même dans une mini-tournée qui passe par le Sénégal et le Mali. Seul avec sa guitare, il lui faut convaincre des musiciens dans chaque pays pour l'accompagner.

A Bamako, il est programmé dans le club Radio Libre que possède Tiken Jah Fakoly. L'Ivoirien fait partie des artistes qu'il écoute depuis qu'il a lâché le hard rock puis le hip hop pour le reggae, au même titre que les classiques trios vocaux jamaïcains tels que les Gladiators et Culture. L'idée d'un featuring avec cet illustre grand frère lui traverse l'esprit, mais il est encore trop tôt. Quelques allers-retours plus tard entre Montpellier et l'Afrique, elle se concrétise lorsque Tiken entend l'instrumental du titre qui deviendra La Marche. "C'est mon premier morceau engagé. Je n'avais pas osé jusqu'alors. En termes de crédibilité, il fallait que j'aie vécu assez pour aborder ce genre de chanson", explique le trentenaire.

Ses aventures africaines, qu'il finance entre deux voyages en travaillant comme technicien intermittent du spectacle, lui dictent avec évidence la direction à prendre pour son nouvel album. Dans la capitale malienne, il l'enregistre en live dans le studio du Français Manjul avec les musiciens ivoiriens du backing band Siman Roots (élu récemment Meilleur groupe reggae espoir de l'année aux 225 Reggae Music Awards organisés à Abidjan) recrutés peu de temps auparavant par le club Radio Libre. Sidiki Diabaté, star de la kora, vient aussi faire vibrer les 21 cordes de sa calebasse sur ce projet baptisé Inou Wali, qui signifie "merci" en soussou, une des langues parlées en Guinée.

"J'ai trouvé ma couleur, ma force, mon originalité", résume Philippe le philanthrope – dont la contraction a donné son nom de scène. Avec un rôle qu'il veut tenir : "Être un bon ambassadeur de la France en Afrique et en bon ambassadeur de l'Afrique en France." Bientôt, il devrait donner un concert-dédicace en Guinée. Pour cette prestation quasi rituelle qui accompagne la sortie d'un album, il ne s'attend pas à une affluence comme celle pour ses amis de Banlieuz'art. Raisonnable, il vise "entre 5 000 et 10 000 personnes". Tout de même…

Filentre Inou Wali (Dibyz Music/Baco distrib.) 2019
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