Tryo fête son anniversaire en duos

Tryo, 2020. © Fifou

Tryo fête ses vingt-cinq ans. Pour l’occasion, le groupe se frotte à l’exercice des reprises et des duos, en offrant à son public vingt et une de ses chansons, réorchestrées avec la fine fleur de la chanson française.

RFI Musique: Pourquoi célébrer vos 25 ans de carrière avec un double album de reprises de vos chansons?
Tryo:
Pour se faire plaisir. On a préparé notre concert à Bercy comme un événement avec de nombreux invités. Et très vite, on a eu l’idée d’inviter tous les artistes rencontrés pendant ces 25 années. Il y a toutes les générations : ceux qui nous ont donné envie d’écrire avec les grands chanteurs comme Sanson, Lavilliers ou Thiéphaine, ceux qui ont grandi avec nous et les petits jeunes, qui nous ont écoutés lorsqu’ils étaient jeunes…

Vos chansons semblent curieusement écrites et composées sur mesure pour ces interprètes…
C’est ce que l’on a recherché. On a d’abord choisi les artistes que l’on voulait absolument. On a fait une liste de chansons incontournables pour nous et on a cherché quel seraient les chanteurs qui pourraient idéalement les chanter. C’était important que les mots paraissent presque écrits par ceux qui les chantent et il fallait aller vers eux avec de nouveaux arrangements, pour qu’ils se sentent le plus à l’aise possible. Ce sont aussi des artistes qui nous ont parfois inspirés. Apolypticodramatic avait été écrite en pensant à Thiéphaine, par exemple…

Il y a cet étonnant Ladilafé, une chanson sur le cancer, avec Véronique Sanson, elle-même malade au moment de l’enregistrement…
En effet, c’était délicat. Mais c’est une chanson pleine de vie qui donne du courage aux personnes malades et à ceux qui les entourent. On aime beaucoup Véronique Sanson, et cela nous touchait qu’elle la chante. On lui a proposé en sachant que si elle trouvait ça impudique elle le dirait. Et elle a trouvé ça fabuleux !

La misère d’en face avec Renaud, c’était important ?
Renaud fait partie des artistes qui nous ont donné envie d’écrire, on est des grands fans. La misère d’en face avait été écrite il y a des années, en pensant à lui. On rêvait qu’il accepte de la chanter mais on n’osait pas y croire.  Il l’a enregistré dans le Sud, où il préparait son album, avec nos arrangements musicaux. Cette version nous émeut énormément.

Et Tiken Jah Fakoli?
C’était une évidence de lui demander de chanter Les Anciens, qui questionne notre rapport à nos grands parents et la façon dont ce rapport est construit en Afrique. Il a été extrêmement content de cette proposition, la thématique était inédite pour lui. Musicalement, on est allés vers des couleurs nouvelles, un peu dans le style de Fela. Tiken Jah apporte un groove immense, ça a été un moment magique.

Est-ce-que vous avez guidé les artistes dans leur interprétation ?
Cela dépend des artistes. On pensait toujours à leur univers avant d’envoyer une version instrumentale sur mesure, sur laquelle ils chantaient en studio. Parfois cela se faisait en une seule fois, parfois avec différents allers retours. Certains artistes avaient leurs envies. Vianney voulait absolument partir de sa guitare par exemple, Véronique Sanson a souhaité aller vers notre univers, à travers un rythme plus lent et reggae que ce qu’on avait imaginé pour elle dans un premier temps.  

Craignez-vous que l’on trouve que Tryo est tombé dans la mode des disques de duos et reprises, en mélangeant tant d’artistes si différents de votre musique ?
Ce sont des artistes avec lesquels on a été sur scène, des amis, on partage les mêmes valeurs. Notre public sera peut être étonné par la présence de certains artistes, qui sont des faiseurs de tubes incroyables comme Claudio Capéo, Zaz ou Vianney!  Mais chacun a une histoire avec nous. Le son de XXV respecte l’ADN de Tryo, les trois voix, les trois guitares avec des séquences plus électroniques… C’est un disque que l’on a voulu cohérent et généreux, tout en explorant de nouvelles contrées musicales.

Qu’est ce qui a été le plus difficile ?
Le sortir dans les temps (Rires) ! Les artistes ont tous dit oui alors qu’on ne pensait faire qu’un seul disque !

Qu’est-ce que vous voulez raconter avec XXV ?
Le côté intergénérationnel de notre histoire que l’on retrouve dans notre public. Des gens de notre âge retrouvent Tryo comme leur Madeleine de Proust et emmènent leurs enfants, leurs grands frères ou leurs petites sœurs. Notre répertoire, nos émotions. C’était un bonheur de se replonger dans notre musique et d’imaginer comment on voulait la faire entendre aujourd’hui et de l’écouter chantée par d’autre. C’est un cadeau que l’on s’est fait. Et aussi un cadeau pour notre public.

Tryo XXV (Tryo) 2020
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