Biga* Ranx, loin de la Jamaïque

Hormis sa passion pour la musique, Biga* Ranx affectionne le dessin. Il a réalisé la pochette de son nouvel album "Sunset Cassette". © Dizziness Design & Biga* Ranx

Il chante comme un vrai Jamaïcain, mais le Français Biga* Ranx, qui vit à Tours, se démarque du reggae et du dub par la diversité de ses influences. De quoi séduire un large public avec notamment son nouvel opus, Sunset Cassette.

Gabriel ne rêve pas de Zion ou de Kingston. Il n’arbore pas de dreadlocks ni les couleurs vert-jaune-rouge, mais ressemble à un jeune homme bien de son temps, cheveux courts, sweat-shirt et casquette. Pourtant, à n’écouter que sa voix, on jurerait entendre un Jamaïcain toaster sur des riddims, avec le timbre et l’argot caractéristiques des musiques de cette île des Caraïbes.

Gabriel, surnom Gaby, en verlan Biga… Ranx ("grade") a été repéré par Joseph Cotton en 2008. Sur Air France Anthem, Biga tient la dragée haute au Jamaïcain de 30 ans son aîné, rencontré dans un studio parisien. C’est avec ce DJ et chanteur que le jeune homme s’est lancé dans un freestyle vu plus d’un million de fois sur le Net. De quoi faire démarrer sa carrière. 

Stage reggae

Gabriel a grandi et habite encore à Tours. Le reggae, il le découvre grâce à sa grande sœur et à un cousin, qui écoutaient Bob Marley ou UB40. Avec son frère aîné, ils font du skate et écoutent du rap ou du punk. Plus tard, ils officieront au sein de quelques sound systems.

En classe de troisième, Gabriel choisit d’effectuer son stage en entreprise… chez un disquaire reggae de Tours. Il en garde un amour pour la musique des années 1970, pour des artistes comme Yellowman, Super Cat, Alton Ellis ou Vybz Kartel.

 

C’est en écoutant de nombreux artistes que Gabriel parvient à chanter comme un Jamaïcain. Il confie : "Je n’ai jamais appris à chanter, je n’ai pas de technique vocale particulière, c’est assez instinctif. Quant à l’argot, le broken english, c’est un clin d’œil que j’utilise selon mes envies."

À l’âge de 18 ans, en 2006, Gabriel rejoint un ami DJ qui s’envole pour Kingston. Il n’y va pas pour rencontrer ses idoles —il avoue ne pas en avoir— mais en profite pour enregistrer quelques-uns de ses premiers titres. Son style, c’est d’abord le rub-a-dub, variante du reggae qui met en avant la rythmique basse-batterie (riddim) et le toasting, cette façon particulière de chanter qui préfigurait le rap.

Son premier album On Time sort en octobre 2011, élu Meilleur album ragga/dancehall en France par le site reggae.fr. Il en publiera sept en six ans, s’affirmant comme producteur à part entière avec 1988, paru l’année de ses 30 ans. Biga* Ranx enregistre avec Big Red, U-Roy, Akhenaton ou LEJ, et ne cesse de donner des concerts.

Il crée également son label Brigante Records, officiellement lancé en 2015, qui promeut des artistes comme Atili Bandalero (son frère), Pauline Diamond, Supa Mana, les Lyonnais Damé, G Rhyme (Angleterre) ou Ruffian Rugged (Autriche).

Dub

Son dernier opus, Sunset Cassette, fait la part belle au dub stepper (qui se rapproche de la rythmique et du tempo de la techno) et du vapor dub (avec des sonorités retro). "Depuis mon album 1988, je compose avec un petit clavier portatif que je transporte partout, l’OP1. Cela donne sa particularité à mon son, je ne respecte pas les codes de la musique jamaïcaine. Pour Sunset Cassette, le dub façon Maurizio ou la techno berlinoise m’ont inspiré, mais je garde le contretemps et un côté lowfi."

© Dizziness Design & Biga* Ranx
Biga* Ranx.

 

Hormis sa passion pour la musique ou le skate, Gabriel est revenu au dessin, ses premières amours avant même la musique. Il a conçu la pochette de son album et réalisé plusieurs clips. "Biga* Ranx n’est que l’un de mes projets, parmi Prince Mercredi, Mus Bus ou Brigante Records. Celui qui m’occupe le plus est Telly, dont je prépare le premier album. Je suis un autodidacte et j’aime bien une certaine naïveté dans la musique ou le dessin."

Quant aux textes en français, Biga* Ranx les a, petit à petit, intégrés à sa musique, lui qui avait déjà écrit deux ou trois morceaux de rap. "J’apprécie aussi la chanson française, notamment Francis Cabrel, mais aussi Françoise Hardy, Trénet ou Gainsbourg. Mais les textes en français du reggae me semblaient souvent trop simples." Le trentenaire manie aujourd’hui un peu plus la langue de Molière. Il s’est même essayé à l’espagnol ou au polonais (la langue de son père).

Le syncrétisme musical de Biga* Ranx dépasse la musique jamaïcaine et explique sans doute son succès au-delà des seuls aficionados de reggae et de dub. Ces musiques n’arrivent aujourd’hui plus vraiment de Jamaïque, d’où provenait l’ancienne génération, mais plutôt d’Europe et notamment de France avec une scène dub très riche, qui s’acoquine avec l’actuelle scène bass music. Un peu retombés dans l’underground après la mort de Bob Marley, reggae et dub permettent tous les métissages et se renouvellent. Biga* Ranx fait partie de ces artistes prêts à toutes les rencontres, du reggae au hip hop, de l’électro au dancehall.

Biga* Ranx Sunset Cassette (Wagram Music) 2020
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