Yaniss Odua, toujours plus haut

Le chanteur de reggae martiniquais Yaniss Odua. © Koria

Fort d'une carrière de plus de 30 ans, le reggaeman martiniquais, Yaniss Odua, revient sous le feu des projecteurs avec l'album Stay High, produit par le célèbre Jamaïcain Clive Hunt. Rencontre.

Il y a le reggae dancehall avec ses paroles brutes, ses rythmiques frénétiques. Et il y a le reggae roots, aux textes conscients et aux mélodies sucrées. Yaniss Odua, artiste martiniquais actif depuis l’âge de dix ans, slalome entre les deux, mais toujours avec des textes engagés, évoquant aussi bien le sort des réfugiés que la spiritualité rasta.

On l’avait laissé en 2017 avec l’excellent Nouvelle donne, pour lequel il tourna deux ans avant d’être stoppé dans son élan par le Covid. Pour son nouvel album Stay High, il multiplie les invitations, notamment avec Kalash sur Jah Knows, Danakil sur Enfants du monde et le Ghanéen Kelvyn Boy sur Stay High. Micro ouvert pour ce chanteur à la voix de miel et aux paroles positives.

RFI Musique : comment s’est passée l’écriture pour ce nouvel album ?
Yaniss Odua : pour les albums précédents, j’écrivais les textes tout seul. Là, on a changé de méthode. Je me suis ouvert à des plumes différentes, particulièrement Thibaut Martin qui a écrit pas mal de morceaux avec moi. Il fait du hip hop à ses heures perdues et il a une bonne plume. Il me connait depuis très longtemps et il a su trouver des tournures, des expressions qui me ressemblaient. J’ai trouvé ça intéressant. Je m’étais toujours dit qu’en tant qu’artiste, je devais écrire mes morceaux, mais tous les artistes n’écrivent pas tous leurs morceaux ! C’est bête de se bloquer et de se priver de thèmes que je n'aurais pas forcément abordés seul.

L’album s’ouvre avec un titre fort, Destinée…
On a travaillé avec Kahifa et Ayema en majorité, des producteurs qui avaient fait la musique de Écoutez-nous, mon duo avec Keny Arkana. On s’est lancé dans une aventure particulière qui n’est pas du reggae pur, du dancehall ou du rap pur. C’est un mélange de toutes les influences qui nous parlent. C’est différent de mes précédents albums.

Ce n’est pas un album de reggae ?
Si, à 100% ! Je parle de la couleur musicale. Les sonorités plus au goût du jour, les mélodies aussi. On n’a pas eu peur de rajouter une couleur latine, comme sur Embala La avec Flavia Coelho. Le dancehall a toujours été dur, ça ghettoïse un peu la musique. C’est pour ça qu’on n’en fait pas à 100%, on essaie de s’ouvrir au maximum. C’est important d’explorer tous les domaines de la musique et d’en sortir avec une expérience supplémentaire.

Le reggae contemporain est très digital. Quelle est la part des machines dans Stay High ?
Il y a une majorité live. Dès qu’on avait une composition, on l’envoyait à Clive Hunt en Jamaïque. Même en lui envoyant un morceau à minuit, le lendemain, il était en studio avec les musiciens et les choristes. Il m’appelait pour la prononciation d’un mot français (rires). On se connait bien avec Clive, ça fait un moment qu’on travaille ensemble. Il est charismatique. Il ne parle pas beaucoup, mais quand on lui donne une maquette, il écoute une seule fois et il a déjà toutes les idées ! On s’était rencontré quand je suis allé en Jamaïque en 2004. Je l’ai croisé en studio. Il était en session d’enregistrement à Tuff Gong. Il contrôlait les musiciens comme un chef d’orchestre avec sa casquette de militaire et c’était assez impressionnant.

Parlez-nous du morceau avec Kalash, Jah Knows...
Kalash, on se connait depuis un petit moment, il est de chez moi, à la Martinique. Quand je lui ai proposé le morceau, il est venu en studio, on n’avait pas de thème, juste une musique qui me semblait lui convenir, et ça a donné Jah Knows, qui parle de l’énergie qu’on essaie de diffuser quand on quitte notre ile. On a enregistré aux studios de la Seine. Toute la soirée, on prenait des vibes, ça s’est fait dans l’ambiance.

Le titre Papiers a un thème qui rappelle votre chanson Refugees
C’est un peu la suite. Peu de choses ont changé pour les réfugiés. Je ne fais pas de politique dans ma musique, mais j’essaie de sensibiliser la population à leur condition humaine, qu’on ne souhaite à personne. Pour en avoir discuté beaucoup, je sais que les chanceux qui arrivent à traverser, déchantent une fois arrivés. J’ai écouté beaucoup de musiques qui ont créé des déclics chez moi. C’est arrivé à beaucoup de personnes. Une musique qui vous parle peut vous faire changer. La musique a ce pouvoir. C’est dans cet esprit qu’on essaie d’aborder certains thèmes sérieux.

Vous qui avez commencé très jeune sous le nom de Little Yaniss, vous invitez sur Ready Now Kiki Lion, un très jeune chanteur…
Kiki, c’est un petit qui m’a envoyé un morceau un jour. Il a 14 ans et il voulait mon avis. Il vit à Nice et bosse la musique avec son père. Je lui ai proposé de passer au studio, il est venu avec son papa. On leur a fait écouter des morceaux et Kiki a posé. Ça a bien matché, il a la tête sur les épaules. Il écrit et il compose, il va vite. C’était une belle occasion, il m’a rappelé moi quand j’ai sorti mon premier album en 1992, à 14 ans.

Kité Yo Palé est chanté en créole…
C’est un morceau qui parle des amis en général. Ceux qui partent, ceux que la vie éloigne, ceux que tu veux garder à côté de toi à tout prix et de ceux qui te jalousent. Mes textes arrivent souvent en créole dans ma tête et je les traduis. Quand la traduction ne passe pas bien au niveau "lyrical", je le laisse en créole, et ça sonne mieux. En plus ça fait plaisir aux gens de chez moi !

Yaniss Odua Stay High (Caan Dun Music) 2022
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