Fiesta des Suds, le bonheur à la carte avec Dub Inc

Dub Inc sur la scène de Fiesta des Suds. © Jean de Pena

En ouverture de la Fiesta des Suds (Marseille), le phénomène du reggae métisse, le groupe stéphanois Dub Inc, a donné le ton d’une 28e édition qui avait pour ambition d’offrir du "bonheur à la carte".

"Musiques, chaleur et bonne humeur, jusqu’à pas d’heure !" Ces mots de Lucie Taurines résument à eux seuls l’expérience proposée trois soirées durant par l’événement qu’elle dirige depuis trois ans et qui se veut le plus populaire de Marseille. La recette de son succès ? Une programmation éclectique et ouverte sur les ailleurs. Un savant mélange de déambulations cuivresques (Banda du Dock), de concerts et de DJs sets qui mettent à l’honneur têtes d’affiche, artistes en devenir et héros locaux (Fred Nevché, Baja Frequencia, SOvOX). L’idée, explique Lucie Taurines, "c’est de surprendre le public, qu’il reparte avec des souvenirs qui ne soient pas forcement liés à l’artiste qu’il est venu voir."

À ce titre, sur la scène Major de l’Esplanade du J4, plus que la prestation du trio électro français à succès Bon entendeur - dont la reprise du titre d’isabelle Pierre, Le Temps est bon, était l’hymne de cette 28e édition, on gardera au cœur la prestation de la musicienne et activiste emblématique de la culture sahraouie Aziza Brahim. Chantée en hassanya ou en espagnol, sa poésie vivace porte la voix des réfugiés du Sahara occidental, cette Afrique invisible, pourtant résistante et militante, et on en redemande. Une présence lumineuse, une grâce et une voix – l’une des plus belles d’Afrique du Nord –qui transcende les sens. Le public était sous le charme, nous aussi.

Côté têtes d’affiche, alors que vendredi et samedi le rappeur marseillais Soprano remplissait l’Orange Vélodrome, la Fiesta avait mis le paquet. Au pied du Mucem, en bord de méditerranée, la scène Mer a vu se succéder monuments de la chanson francophone (Hubert-Felix Thiefaine et Arno) et firmes historiques qui ont assuré un come-back explosif (Hocus Pocus et Skip The Use).

Dub Inc, good vibes

D’ailleurs, c’est peut-être aussi ça le secret de la Fiesta : une programmation qui sait à la fois faire bouger les consciences et inciter à la danse. À la manière du groupe stéphanois Dub Inc qui, en 2018, fêtait les 20 ans d’une carrière internationale bâtie loin des écrans radars médiatiques, mais adulé par les publics des cinq continents.

À peine revenus de Mexico (où ils se produisaient pour la 2e fois cette année), les plus ardents ambassadeurs du reggae français sur la scène mondiale entamaient à Marseille une tournée digne d’un marathon : plus de 30 dates en France et en Europe, dont 10 déjà sold out, pour fêter la sortie de Millions, un album de ragga-dub caribéen aux échos méditerranéens irrigué par la nécessité absolue de rêver.

Comme l’explique Aurélien Komlan Zohu, l’un des deux chanteurs du groupe, cet album est une manière de nous interroger sur notre capacité à imaginer le changement, maintenant : "Sur un précédent album, on a un morceau qui s’appelle Il faut qu’on ose. Et c’est exactement ça : il va falloir à un moment oser changer, oser rêver à autre chose et construire un monde différent. C’est l’un des messages qui domine Millions et qu’on esquisse depuis notre premier disque où l’on parlait de métissage. Le monde qu’on espère pour demain, il ressemble à ça."

Et Grégory "Zigo" Mavridorakis, le batteur, de rajouter : "Surtout de nos jours avec la nouvelle génération qui est connectée en permanence, qui bouffe du négatif toute la journée (la planète meurt, il y a des guerres partout, des attentats), c’est super important pour nous de parler de tout ça, mais d’apporter du positif."

Le message a été entendu, les good vibes bien reçues. Fidèles à leur réputation de bêtes de scène, les membres de Dub Inc ont fait chavirer le public avec certains de leurs morceaux les plus connus et d’autres extraits de leur nouvel album comme On est ensemble, le titre d’ouverture. Une expression que le groupe stéphanois a ramenée du continent africain où il s’est beaucoup produit ces dernières années : de l’Algérie à l’Afrique du Sud en passant par la Côte d’Ivoire, le Sénégal, le Burkina Faso ou la RDC. C'est dans ce dernier pays qu'il a rencontré l’artiste Justin Kasereka à qui l’on doit le visuel de Millions.

Avant de faire résonner sa voix gutturale devant un public conquis de plus de 10 000 personnes, Aurélien Komlan Zohu confiait : "On est ensemble, c’est une expression que l’on retrouve un peu partout en Afrique de l’Ouest où le collectif fait tout, où c’est la survie. Cela nous semblait évident d’ouvrir l’album avec ce message et en même temps, de faire un tour d’horizon de toutes les valeurs que l’on a envie de défendre : l’être ensemble, mais aussi les questions de justice, de paix et de résistance."

La divine Catherine Ringer qui, quelques heures plus tôt, avait ouvert la Fiesta des Suds pour chanter les Rita Mitsouko (le groupe fondé il y a 40 ans avec son complice à la ville comme à la scène Fred Chichin, mort en 2007), les rejoint alors sur scène. Se faisant d’abord discrète, elle esquisse ensuite un pas de danse avec Hakim Meridja, l’autre chanteur du groupe au flow vertigineux. Celle dont la voix et la fougue n’ont pas pris une ride a le sourire aux lèvres. Le public, lui, exulte avant de reprendre en chœur : "Le rêve est précieux à bord. C'est pour demain qu'on résiste encore."

Évènement festif et fédérateur par excellence, la Fiesta des Suds a décidément, une fois encore, tenu toutes ces promesses. À commencer par celle de rassembler les publics et les générations, au son des musiques actuelles du monde, pour une sacrée partie de plaisir. Vivement l’année prochaine !

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