Les voyages, les couleurs et les rêves de Sônge

La chanteuse et compositrice Sônge sort un 1e album intitulé "Flavourite Câlâ". © Goledzinowski

Parler uniquement de r'n'b, dans son cas, serait réducteur. Sônge est l’une des musiciennes françaises actuelles les plus originales. La chanteuse et compositrice, qui a des origines bretonnes et camerounaises, vient de sortir un premier album intitulé Flavourite Câlâ. Un disque inspiré par ses voyages, son goût pour les légendes… et par son cerveau facétieux qui associe musique et couleurs.

RFI Musique : Sur l’album Flavourite Câlâ, aucune chanson ne ressemble à une autre. Comment l’expliquez-vous ? Est-ce le reflet d’influences multiples ?
Sônge
: Oui, à fond ! D’abord, cet album a été composé dans de nombreux endroits différents : la Bretagne, la Corse, Paris, Cuba… Pour moi, c’est super important de ne pas évoluer toujours dans les mêmes milieux. Par exemple, quand j’étais à Bruxelles, j’ai fait une découverte incroyable : le groupe congolais Konono n°1. Ils font de la musique avec des matériaux de récupération et ils jouent sur des likembés, des sortes de pianos à pouces avec des tiges en métal. Ils poussent cet instrument dans des saturations dingues ! Du coup, moi aussi je me suis mise au likembé !

Le titre Soukounian vient d’une légende caribéenne. Un autre morceau, Le Crépuscule des dieux, est inspiré de l'œuvre de Richard Wagner. Est-ce que les mythes et les légendes tiennent une grande place dans votre univers musical ?
Quand j’étais petite, j’étais très intéressée par la sorcellerie. J’avais des grimoires, des potions…Je crois que j’aime bien l’imaginaire, oui. Partir dans l’ailleurs, dans l’invisible, ça m’intéresse de ouf ! Au sujet du "soukounian", si tu en parles à des Guadeloupéens, c’est un vrai délire ! Beaucoup croient vraiment en cet esprit qui s’incarne dans les chiens, les oiseaux, qui t’observe et qui peut te détruire si tu le reconnais et s’il se sent menacé.
Wagner aussi a été un choc ! J’ai découvert Le Crépuscule des dieux à la fac de musicologie, en étudiant le romantisme tardif. C’est la dernière partie de l’opéra La Walkyrie qui se joue en 3 ou 4 jours. Une histoire de malédiction liée à un trésor enfoui au fond du Rhin, avec des géants, des dieux, des demi-dieux, des déesses, des nains, de la passion … C’est Les Feux de l’amour version Wagner. Je ne vais pas spoiler [dévoiler] la fin, mais comme c’est une tragédie, ce n’est pas très réjouissant. En tout cas, moi, ça m'a ouvert 30 000 portes dans le cerveau !

Ce qui n’est pas une légende, en revanche, c’est la synesthésie. C’est un fonctionnement particulier du cerveau. Pouvez-vous nous expliquer comment cela se matérialise dans votre cas ?
La synesthésie, c’est le mélange de plusieurs sens. Dans mon cas, c’est comme si j’entendais des couleurs. Mais attention ! Ce n’est pas du tout un don, ce n’est pas un handicap non plus. Concrètement, quand je compose, je commence par une trame harmonique et cette trame harmonique éveille des couleurs très fortes dans ma tête. Ça paraît un peu sensationnel, mais c’est surtout un feeling.

Sônge Flavourite Câlâ (Parlophone) 2019

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