David Hallyday, rock pas rauque

A 38 ans, le "fils de" n’a plus rien à prouver. Il peut enfin se permettre de monter le son des guitares. Sur ce nouvel album, le troisième en français, il s’en donne à coeur joie. Batterie en avant, le rythme reste (le plus souvent) soutenu. Sans toutefois aller jusqu’à risquer un trop grand écart de trajectoire.

Il n’y a pas à dire. David est doté d’un don. Pas celui de la farce mais du tube. Satellite en regorge, mélodies accrocheuses, refrains entêtants, un vrai bonheur de programmateur radio. Vous allez forcément entendre Le défi ou Comment faire. Et forcément, sans vous en rendre compte, vous allez chantonner, taper du pied. Sur ces précédents albums en français, son label réfrénait ses ardeurs de guitares tranchantes, format chanteur de bluettes adolescentes oblige. Ce début de millénaire est plus propice à "l'enfant des sixties". La distorsion déclinée sur six cordes s’installe sur les ondes grand publique.

David peut donc se lâcher, comme il aime, sous influence garage, Clash ou Pixies. Enfin, pas la peine d’appeler la police, rien de très subversif tout de même. Si le ton est rock, Satellite baigne dans un son assez lisse pour plaire aux fans de longues dates. Des titres comme Nous ou Fleur Cannibale assureront quelques rencontres langoureuses dans les bals du samedi soir. L’album est même produit par un orfèvre du genredoux-dur : Paul Reeve, habituel collaborateur du groupe de rock anglais grandiloquent Muse. Et pour être sûr de garder l’ambiance, l’enregistrement s’est déroulé sur trois mois, à Londres.

La recette du succès

Si David Hallyday est doué et enfin épanoui, il n’évite pas pour autant les redites. Quelque peu lassantes à la longue. Les lignes de chants débutent toutes un peu de la même manière : voix mi-chantée se terminant en râle contrôlé. Pour le refrain, on monte dans les aigus. Deux ou trois soupirs languissants avant le solo et hop! Vous avez une chanson présentable en toute circonstance. Sans compter que la voix n’a pas le rauque paternel. David a pris, il y a longtemps des cours de chants avec le professeur de Michael Jackson, mais là, malgré le punch de la production, il s’extirpe difficilement du ton FM. Quelques effets éthérés artificiellement glamour renforcent malheureusement cette impression. Seule la reprise des Knacks, My Sharona, avec son timbre franchement saturé se distingue et c’est plutôt appréciable. Sans doute le label, quelque peu échaudé par le déluge des instruments, n’a pas voulu céder sur la partie vocale.

Un seul compositeur mais pas moins de sept paroliers différents. Pour, au final, toujours tourner autour du même thème : l’amoouur! Au risque de sombrer dans l’absurde... Amusez-vous donc à trouver le sens profond de cet extrait de J’ai déserté pour un ange : "Posé comme une évidence/En plein cœur de ma citadelle/Elle joue de mon existence/je ne suis plus que sentinelle." L’épreuve dure trois heures, vous n’avez le droit à aucun document, bon courage.

Un Américain à Paris

Elevé dans une double culture française et américaine, David, depuis ses débuts, chante plus facilement en anglais. Le calcul est simple, sur les huit albums de sa carrière, cinq sont dans la langue des Rolling Stones. Même ici, il garde un phrasé qui a tout du format anglo-saxon. Peut-être parce que ce Satellite n’est pas la seule mise en orbite dans la constellation Hallyday fils. Un vrai jumeau, quasi-siamois, est lancé en même temps en version anglaise. Tout en tirant les enseignements des exemples de débarquements ratés.

Grâce à Lara Fabian, il a compris que des chansons sauce anglaise n’emballaient pas d’office la perfide Albion. D’autant que se sentant délaissé, ce chauvin de public français sanctionnait au plus vite. Il apprit de son père aussi, après le ratage complet de son album pour le marché britannique. Si Hallyday est un gage de vente dans l’hexagone, il sonne un peu pâle copie pour un anglo-saxon. Sur la pochette de cette édition internationale, c’est donc le nom d’un groupe qui apparaît: Nova 6. Et attention, il y a du beau monde : à la basse, Steve Fishman, ancien collaborateur de Paul Mc Cartney et derrière les fûts, Ron Roesing, batteur un temps des feu Smashing Pumpkins. La fougue et l’entrain de Comment faire ou Un peu plus près sont palpables. Comme si, libéré de son rôle de chanteur, David Hallyday pouvait enfin se laisser à être tout simplement musicien.

David Hallyday Satellite (Mercury/Universal) 2004