Little Bob, une légende

Little Bob, 2004 © Lionel Flusin/Gamma-Rapho

Trente ans de carrière, une vingtaine d’albums à son actif, une intégrité inébranlable et une volonté farouche de faire du rock, rien que du rock. Pour lui, mais surtout pour les autres. Le rock français a ses légendes, Little Bob en est une. Vivante.

Sans forcer le trait franchouillard, Le Havre pourrait ressembler à un petit village bien connu, autrefois peuplé d’irréductibles. Le rock a passé les portes de la ville après la Seconde Guerre mondiale sans la quitter complètement depuis. Parmi tous les secoués de la scène locale vivace, il en est un qui est franchement tombé dedans petit. Un lien organique, un fantasme français qu’il vit et joue depuis plus 30 ans. Toujours calé sur l’esprit "je fais ce que je veux et j’en n’ai rien à battre."

Cet anniversaire, il n’avait naturellement pas envie de le fêter au rabais, encore moins seul. C’est donc un double album que Little Bob jette comme un pavé lourd dans la mare du rock français. The gift est un premier disque de studio auquel s’ajoute un second de reprises. Plus qu’une histoire de don, c’est aussi une somme de rencontres. "La pochette, d’après une photo de François Pariset, rappelle que le rock est d’une part le cadeau fait au blues par le diable mais surtout le cadeau de ma vie. C’est aussi celui à mon public. J’avais déjà fait des reprises sur mon premier disque. On retrouve la plupart de ces artistes sur celui-ci. C’est une façon de boucler la boucle, avec les incontournables Bob Dylan, Animals ..."

Les racines

Une façon de célébrer un bon moment en famille, auprès des pairs d’un genre qu’il porte à bout de micro. Depuis 1974 et la création de son groupe Little Bob Story, c’est à travers toute l’Europe, dont plus de 300 concerts en Grande-Bretagne, que le "hurleur d’un mètre soixante pas plus" dispense la bonne parole. Missionnaire besogneux de la bonne cause. La vraie, celle qui ouvre le débat plutôt que l’étriquer. A quoi son armée de fidèles a toujours répondu avec une ferveur religieuse. Malgré la séparation du groupe en 1989, il vient comme il irait voir Bob Dylan ou Little Richards. Pour la frange dure, il est le Iggy Pop français.

Un patrimoine inaltérable, que les aînés rendent bien à leurs cadets. "Depuis cette année, je remarque que les troupes rajeunissent. De plus en plus d’adolescents viennent me voir. Il n’y avait plus de pogos depuis longtemps à mes concerts et ça fait plaisir. Ils sont aussi vachement surpris de la pêche que l’on envoie encore à notre âge." Au même titre que l’Iguane, ces recettes de longévité ne tiennent pas du miracle. Le régime de la rock star n’est plus un cocktail qui mène droit aux racines de pissenlits. "Le secret de la longévité ? L’amour pour arrêter les dopes. Le footing aussi. Je pense que j’écris beaucoup mieux qu’il y a vingt ans, je chante mieux. L’énergie n’est plus débridée, elle se canalise", raconte ce fils d’immigré italien, de son vrai nom Robert Piazza.

Encore

On se disait pourtant que le rock était un sport de jeunes. "Je pensais qu’une fois vieux, je ferais du blues, un truc plus cool ou des ballades. C’est d’ailleurs ce que j’ai commencé lors de mon travail avec un pianiste à la fin des années 80. Ca m’a servi à entendre ma voix différemment. Mais le rock m’est chevillé au corps."

Tous deux se sont en toute logique, organisés. Des allers-retours chez les majors, il en retient qu’elles perdent les bandes de leurs artistes. Celles de Too young to love me (’84) en l'occurrence. Les indépendants sont une autre histoire de cœur, il est depuis son disque précédent sur le label Dixiefrog. "On s’occupe de chercher les concerts, prendre les contacts avec les tourneurs, le régisseurs, réaliser nos affiches, les envoyer... " Une petite structure avec des airs d’usine à gaz. Au Havre toujours. La ville qu’il n’a jamais quittée. Celle qu’il place sur sa carte du rock aux côtés de Detroit, Liverpool ou Newark. "Le Havre j’y suis resté, parce qu’en face, c’est l’Angleterre et qu’il suffit de prendre le ferry pour faire un concert le soir. Et puis mon père y est arrivé, je m’y sens chez moi." Le paysage a changé depuis. Lui qui a laissé passer les différents trains du rock français, "aujourd’hui plus dur et radical", est rattrapé par une autre modernité. Le rap. "Il n’y a plus de docks, l’économie s’est déplacée. Derrière chez moi il y a maintenant des cités. Les jeunes me connaissent, ils me respectent. C’est sûr on écoute pas la même musique, eux c’est le rap. Je respecte. Le rap fait ce que le rock aurait dû faire à sa naissance."

Little Bob The gift (Dixiefrog/Night'n'Day) 2005

En concert au New Morning à Paris le 27/10/2005 puis en tournée française.