Gojira en tournée aux Etats-Unis

Jusqu’à maintenant, seuls Manu Chao et l’électro parvenaient à sortir de l’Hexagone avec succès. Pointure européenne reconnue de la scène metal, Gojira est bien parti pour contrer cette terrible malédiction française. Depuis le 6 novembre dernier, le groupe a débuté une étourdissante tournée de plus de trente dates dans la mère patrie du genre: les Etats-Unis. Impressions avec Mario, batteur du groupe.

Dans cette immensité anglo-saxonne, Gojira entame sa première date en territoire ami : "Nous avons commencé par Montréal où l’accueil pour le groupe est à chaque fois incroyable, confie Mario, batteur-fondateur du combo. Cette première date au
Metropolis était complète et il semblait que beaucoup de personnes soient venues spécialement pour nous voir ce soir-là. Durant notre concert, les gens hurlaient. A l’avenir, nous devons absolument revenir en tête d’affiche à Montréal parce que le buzz y est énorme ! "

Accompagné des formations In Flames, All that remains et 36 Crazyfists, Gojira vient d’avaler une tournée européenne de plus d’un mois. Sans temps morts, les quatre groupes ont remis le couvert pour une trentaine de dates sur le territoire nord-américain. Une visite large, passant de Seattle à Dallas. Loi du show-bizz oblige, alors que les Français étaient tête d’affiche sur le vieux continent, ils sont relégués ici au rang de première partie. Le groupe doit alors condenser, selon Mario: "Sur le sol américain, notre prestation chaque soir est de seulement 35 minutes. Ce qui est un peu frustrant, avec quatre albums. Nos concerts sont habituellement un mélange d’atmosphères où nous choisissons des titres avec différentes gammes d’émotion. Là, le parti-pris est d’aller droit au but, avec en priorité, les morceaux les plus efficaces."

Du planant au rentre-dedan

 

Côté morceaux efficaces, Gojira n’a pas à rougir. The Way of all flesh, son quatrième album, sorti en octobre dernier, en regorge. Les Basques s’épanouissent dans un death metal à la fois mental et viscéral. Un déluge sonore construit, alternant riffs bien sentis et morceaux plus aventureux. Une sucrerie à déconseiller aux fans de r'n'b. Dès le premier titre, Gojira annonce la couleur sur un Oroborus musclé et incantatoire. Dans le registre planant (The Silver cord) ou rentre-dedans (Adoration for none), le groupe n’a plus rien à prouver. Refusant les dogmes du genre, les quatre Bayonnais n’hésitent pas à intégrer quelques nappes électroniques dans leurs morceaux. Preuve éclatante de leur maîtrise, l’inquiétant et tournoyant A sight to behold.

Selon la loi du genre, le groupe aborde principalement des thématiques liées à la mort dans ses textes. Mais rien de macabre pour Mario, grand gaillard de 27 ans à la joie de vivre perceptible : "Le point commun avec les gens fascinés par cette musique, c’est la volonté de briser les tabous quant à notre existence, à notre propre mort, à la vie en générale. C’est vrai que dans le metal et le death metal, ça paraît affreux comme ça au premier abord mais quand on se penche un peu, ce sont plutôt des gens qui exorcisent ce que tout le monde ressent mais que peu expriment. Dans cet album, Jo [guitariste-chanteur] évoque des questions autour de la mort et sur l’hypothèse de l’existence de l’âme. Il y a un côté un peu sinistre mais il n’y a pas de détails trash, ça reste très spirituel. Moi je trouve ça plutôt sain d’exprimer ses démons."

Revenir en tête d’affiche

 

Avec quatre albums studios, un DVD live, une participation au projet Cavalera Conspiracy (ex-Sepultura) pour Jo, Gojira trace sa route avec assurance. Les membres du groupe ont même réalisé un de leurs rêves d’adolescence, jouer avec Metallica. C’était en juillet dernier à Arras. Mais Mario n’est pas du genre à rêver les yeux ouverts. D’autant que le territoire américain ne se conquiert pas facilement, il se souvient encore de la première date du groupe aux Etats-Unis, en novembre 2006 à Philadelphie : "Notre ingénieur du son était resté bloqué à l’aéroport de New York, ça faisait sept ans qu’on travaillait ensemble et c’était le premier concert sans lui. On arrivait sur du matériel qu’on ne connaissait pas. Moi, j’étais largué en anglais. C’était plutôt catastrophique comme départ mais finalement on a fait un concert dans une salle pleine à craquer. On n’a pas donné une super prestation mais j’étais fasciné. Les gens nous regardaient avec curiosité et je trouvais ça agréable." Gojira revendique son côté exotique - comprendre "français" - sur le sol américain, une particularité qui suscite à la fois la curiosité et le respect du public.

Les Etats-Unis, ce pays si particulier où le metal semble bien rentré dans les mœurs. "C’est toujours surprenant de jouer face à un gamin de 14 ans qui lui-même headbangue [secoue la tête, ndr] à côté d’une femme de cinquante ans." Gojira compte bien continuer à construire son succès outre-Atlantique. Après une tournée en France à partir de février 2009, le groupe a déjà prévu de revenir ici, mais cette fois-ci en tête d’affiche. Une boulimie de concerts pas toujours facile à gérer : "Nous avons toujours rêvé de ça et aujourd’hui, nous réalisons qu’il y a cette réalité de la distance, de la séparation avec nos proches. En même temps, quel musicien dirait non à la possibilité de tourner avec son groupe dans le monde entier et de vivre de sa musique ? Aucun ! C’est un accomplissement."

Gojira The way of all flesh (Listenable records) 2008

En tournée aux Etats-Unis jusqu'au 10 décembre 2008
En France, à partir du 30 janvier 2009