Little Bob, on the road again

Little Bob © Bruno Migliano

Avec ses quarante-quatre ans de carrière, c’est une figure du rock’n’roll en France. À l’heure où paraît un nouvel album accompagné de ses Blues Bastards, A new day coming, Little Bob est à l’honneur avec une compilation de son groupe mythique, Little Bob Story, et la réédition de Lost territories, l’un de ses meilleurs disques des années 90. À 73 ans, l’histoire continue pour Roberto Piazza, toujours animé par sa passion dévorante du rock’n’roll.

 

Au téléphone ce jour-là, Little Bob nous parle de son vague à l’âme. Sa femme Mimi vient de subir une chimiothérapie et son cancer a pris beaucoup d’espace dans leur vie ces derniers temps. "Ce jour-là, j’avais un blues de malade", nous dira-t-il, se remémorant la création du morceau So deep in me. Alors que l’inspiration ne vient pas, c’est cette musique "chargée" qui est sortie comme une tempête d’émotions à laquelle se sont mêlés des guitares lourdes et un harmonica lancinant. À 73 ans, le bonhomme ne triche pas avec ses sentiments, encore moins avec le rock’n’roll.

C’est ce que rappelle A new day coming, son troisième disque accompagné des Blues Bastards, dans lequel il lance dès les premières notes : "Hey, hey, rock’n’roll is here to stay". "Le rock’n’roll est là pour durer". Neil Young chantait déjà cela dans ses fameux My my, hey hey (out of the blue) / Hey hey, my my (into the dark), d’autres l’ont dit avant lui. "Il y en a qui déclament la fin du rock’n’roll depuis des décennies. Pour moi, il est toujours là, assure le rockeur du Havre. Quand je joue Mama’s prayer, les gens sautent en l’air. Et puis des fois, en fin de concert, je n’hésite pas à reprendre un vieux Little Richard ou le seul morceau qu’a écrit Elvis Presley, Heartbreak Hotel. Je le fais en blues très lourd, j’adore ça !"

"La vie à 300 km/h"

Quand il dit cela, la tristesse a disparu à l’autre bout du fil. C’est la passion qui a repris le dessus, et ce même enthousiasme qui mène Roberto Piazza sur les scènes de tout l’Hexagone depuis plus d’un demi-siècle. Le fils d’ouvrier italien est devenu depuis la fondation du groupe Little Bob Story au mitan des années 70 une véritable figure du rock français, sans pour autant avoir chanté en français. "Je n’ai pas eu envie de chanter en français parce que j’aime le swing que m’apporte la langue anglaise, surtout celle des vieux Blacks américains. Maintenant, j’aurais pu faire cet effort. Mais je ne l’ai pas fait, peut-être par fainéantise. Et puis, on voulait m’imposer des choses. Comme je suis du signe du Taureau, je suis têtu. Je n’aime pas faire ce qu’on me dit."

Soutenu à fond par sa famille, il est entré en rock'n'roll comme en religion. Il a tâté les excès de ce mode de vie, l’alcool à haute dose, les drogues dures, et tout arrêté il y a 31 ans, lorsqu’il a rencontré "sa douce" à l’occasion d’un concert. Comme une réponse aux souhaits de sa mère, qui priait "Sainte-Thérèse" ?  "Mama’s prayer parle de l’époque où l’on tournait comme des forcenés. Entre fin 1976 et 1979, on a fait plus de 350 concerts en Angleterre. Ma mère me voyait vivre à 300km/h, elle me voyait galérer. Elle n’était pas bigote, mais elle était croyante. Elle priait pour que je rencontre une fille qui sache me calmer et c’est arrivé", narre le bonhomme, qui a frayé à l’écart du grand public.

S’il n’est pas devenu une star, Little Bob a toujours joui d’un grand respect dans le milieu musical. Il faut dire qu’il a croisé le fer avec tout ce que la France compte de rockeurs, et des pointures internationales comme Motörhead, dont il reprend le classique Ace of spades sur son dernier album.

À ce propos, l’intéressé se souvient : "Dès 1976, on avait joué avec eux à la Roundhouse, à Camden. Une salle de 2500 places, pleine. Comme on était en première partie, tout le monde avait ses instruments sur scène. Mes bottes qui dépassaient de la scène, j’avais le derrière presque sur la batterie et les lumières plutôt derrière que devant. Et ça, ça te donne la rage, l’envie d’y aller à fond ! Lemmy avait bien aimé ma manière d’être à ce moment-là, et on a toujours été potes. Il partageait son "speed" avec moi. C’était un rebelle, un pur. Il avait peut-être des côtés obscurs que je n’aimais pas trop, mais c’était un mec bien. Il aimait mon côté loin du showbiz."

Pas dégonflé

Alors que John Lennon se rêvait héros de la classe ouvrière-"working class hero"-, Little Bob serait plutôt un Rockin'class hero (1). "Je ne suis pas devenu riche avec ma musique, je ne vends pas des dizaines de milliers d’albums. Mais je suis heureux de faire ce que je fais, et de rendre les gens heureux quand je suis sur scène. C’est ce qui compte. Je suis un peu spécial dans ce métier, un peu en marge, mais c’est moi. J’ai toujours le côté anarchiste de mon grand-père, sans être violent. Je n’ai pas de poil sur la langue, je peux dire ce que je pense", glisse-t-il. Cette intégrité explique sans aucun doute sa longévité. La parution d’A new day coming, son nouvel album, de la compilation Little Bob Story Hight times 76-78, sur le label Very Cords Records, et la réédition du marécageux Lost Territories de 1993, par Digging Diamonds, ne sont pas des hasards non plus...

Et quand le vieil apache est invité à jouer dans la cour de Matignon, le 21 juin 2017, pour la Fête de la musique, il assure au journal régional Ouest France : "Je ne suis pas devenu Macroniste" (2). "À Matignon, on a joué dans la cour d’honneur, tout le monde pouvait rentrer, contextualise-t-il.  Il y a peut-être des perfectos qui n’ont pas osé venir, parce que devant la porte, il y avait six Robocop armés jusqu’aux dents. Mais ça ne m’a pas empêché de chanter Dirty mad asshole et Only Liars, en disant que les politiciens sont des menteurs. Je ne me suis pas dégonflé, je l’ai dit. D’autre part, je me suis bien marré parce qu’Édouard Philippe, qui venait de devenir Premier ministre, est venu me saluer pendant la balance. Et au micro, je lui ai dit : "Bonjour, monsieur le maire". Ce n’était pas pour me foutre de lui. Pour moi, c’était toujours le maire du Havre."

Quand il raconte cela, Little Bob a le rire au bord des lèvres. Cela dit tout du rapport simple que le rockeur entretient à ses racines et aux gens. D’où qu’ils viennent...

(1) Titre du documentaire qui accompagne la compilation : Little Bob Story Hight Times 76-78,

(2) Yann-Olivier Bricombert, Little Bob : "Je ne suis pas devenu Macroniste", Ouest-France, 19/6/2017.

Little Bob Blues Bastards New day coming (Very Cords Records) 2018
Little Bob Lost territories (EMI) Réédition 2018

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