Philippe Pascal, vie et mort d’un Marquis

Philippe Pascal, chanteur du groupe Marquis de Sade, au festival Les Vieilles Charrues, le 19 juillet 2018. © AFP/Fred Tanneau

Il était la voix et l’incarnation du légendaire groupe de rock, Marquis de Sade. Le chanteur Philippe Pascal est mort jeudi 12 septembre, à l’âge de 63 ans à Rennes. On retiendra de lui l’image d’un performer charismatique, qui a largement contribué à faire rayonner la scène rock rennaise au tout début des années 1980.

Il était une époque où le rock à Rennes, c’était un peu comme le foot.  Il y avait une mystique, des jeunes fans qui se retrouvaient dans les bars de la ville, et puis une équipe que tout le monde soutenait, quelle que fût sa chapelle. Marquis de Sade a été l’équipe A de la scène rennaise au tournant des années 1970 et 1980, et c’est un peu de cette nostalgie qui s’en est allée, avec la mort brutale du chanteur Philippe Pascal, jeudi 12 septembre, à l'âge de 63 ans, à Rennes.

Né le 17 mai 1956 à Sidi Bel Abbès, en Algérie, où il aura vécu jusqu’à l’âge de six ans, ce fils d’enseignants déménage avec sa famille dans les Ardennes, puis à Saint-Malo, sur la côte bretonne. C’est face à la mer et dans la vie de ce port qu’il disait avoir commencé, adolescent, à cultiver une mythologie personnelle qui a imprégné toute sa carrière. Plus tard, il va parfaire son éducation à l’écoute du Velvet Underground, de David Bowie et d’Iggy & the Stooges. Instituteur à la formation de Marquis de Sade, il estimait être tombé dans la musique par accident.

Marquis de Sade, projet frénétique

C’est la rencontre avec le guitariste Frank Darcel, qui a été l’étincelle. Le chanteur du groupe de punk malouin Penthatal Lethally devient alors le visage de Marquis de Sade. Avec son charisme sombre et sa gestuelle très particulière, mélange de course effrénée et de pantomime, ce dandy donnera envie à des générations entières de musiciens de monter sur scène. Alors que c’est son frère ennemi Frank Darcel qui veille à la ligne musicale du Marquis, Philippe Pascal devient pour tous l’incarnation de ce groupe intello, qui ressuscite le cinéma expressionniste allemand, se réclame de la Mitteleuropa, et a l’obsession de vivre vite, comme le peintre Egon Schiele.

"Marquis de Sade a été une "vision", un projet frénétique qu'une poignée de jeunes gens (et pas seulement les quatre membres du groupe) ont porté, partagé, élaboré dans l'urgence le temps de deux albums et deux 45 tours avant de s'autodétruire brutalement", nous écrivait-il. Entre 1977 et 1981, le groupe qui a participé au lancement des TransMusicales, appelées à devenir l’un des festivals majeurs en France, fait rayonner le rock rennais jusqu’à la capitale et dans les pages de la presse rock. Mais les désaccords avec Frank Darcel, notamment autour du deuxième album du groupe, Rue de Siam, auront finalement raison de l’existence du Marquis. 

Marc Seberg, le groupe de sa vie

Même si on lui parlera beaucoup plus de Marquis de Sade, c’est Marc Seberg qui aura été la grande affaire de la vie de Philippe Pascal. Formé avec le guitariste Anzia – celui de son premier groupe-, il a prolongé jusqu’en 1991 la vision romantique de son créateur.  Ce dernier expliquera plus tard que Marc Seberg était une sorte d'alter ego de Jean Seberg, l’actrice du film À bout de souffle. Le groupe qui s’inscrit totalement dans l’esthétique des années 1980, avec ses guitares pleines de reverb, ses claviers et ses coiffures ébouriffées, connaîtra un succès d’estime, sans toutefois toucher à la gloire. Après cette longue aventure, Philippe Pascal se lancera en solo et se fera rare.

Le retour de Marquis de Sade s’était fait après de longues hésitations. Le concert du 16 septembre 2017, donné à l’occasion d’une exposition de dessins sur le groupe, avait pourtant débouché sur une nouvelle tournée. Un nouvel album était même en préparation. Le cheveu blanchi, le visage marqué de rides profondes, Philippe Pascal avait la présence de ceux qui ont vécu 1000 vies.

Dans le monde de la musique, le chanteur était d’une race à part. Ce qu’on retiendra de lui, c’est une absence totale de snobisme, partageant avec le même bonheur la scène avec l’icône pop rennaise, Étienne Daho ou Pascal Obispo, qu’il avait compté parmi ses fans les plus acharnés.

Philippe Pascal avait aussi une attention évidente à l’autre. Cet angoissé, qui pouvait refuser une interview sans crier gare, pouvait après coup vous envoyer un message d’excuses disant que, oui, il avait appris des choses sur lui dans cet article que vous aviez écrit sur son groupe.