Skip the Use, détour vers le futur

Skip The Use. © OJOZ

Cela faisait trois ans que le groupe s’était séparé et que ses membres étaient partis vers d’autres aventures. Autour du chanteur Mat Bastard et du guitariste Yan Stefani, les rockeurs de Skip the Use retrouvent la scène. Leur quatrième album, Past & Future, est nourri de hip-hop, il est aussi rempli de refrains fédérateurs toujours à même d’emporter les foules.

La veille de notre rencontre, Skip the Use jouait à Lille. A l’Aéronef, la salle de concert située entre les deux gares de la ville, le groupe originaire du nord de la France retrouvait ce mercredi 20 novembre une foule bouillante. "Je crois qu’on n'a jamais été aussi bien que maintenant, parce qu’on arrive à mettre certains problèmes de côté. On ne se laisse plus noircir la tête par des conneries, assurait le guitariste Yan Stefani, toujours sur un nuage. Ce concert représente bien ça. J’étais tellement fier d’être chez nous et de faire ce concert comme on l’a fait, de monter sur scène en étant bien et de le faire partager au public et à nos proches". De son côté, le chanteur Mat Bastard acquiesçait, lui qui a très souvent été l’incarnation du groupe originaire de la banlieue lilloise.

C’est autour de ce chanteur, aussi posé en interview qu’il est explosif sur scène, et de son guitariste que Skip the Use a repris du service après trois ans de pause. Durant ce laps de temps, Mat a débuté une carrière solo et Yan a formé The No Face, avec les autres membres de "Skip", qui ne sont plus de la partie aujourd’hui.  Si le duo estime "qu’il y a une certaine continuité" parce qu’il a composé l’essentiel des chansons du groupe, il est vrai que l’arrivée d’un nouveau batteur, Enzo Gabert, et d’un nouveau bassiste, Nelson Martins, n’a pas beaucoup affecté leur son. Adeptes d’un rock grand public, ils ont glissé de-ci, de-là, des rythmes disco, des ballades plus pop, mais aussi des sonorités futuristes.

La vie américaine

Ce quatrième disque, Past & Future, est clairement nourri de rap. "Faire du rock, c’est être hors de la ligne jaune. C’est être irrévérencieux, estime Mat Bastard.  Parfois, les gens ne comprennent pas pourquoi les Sex Pistols ont été une révolution. Pour eux, c’est juste du blues avec une guitare saturée, mais ils ne se rendent pas comptent où était la limite en Angleterre, en 1977. Aujourd’hui, faire des albums de hip-hop comme ceux de Kendrick Lamar, c’est très rock’n’roll. Je ne pense pas que ce soit juste une question de guitare ou de batterie, c’est une question d’intention". Le chanteur, qui se définit comme un "nerd" n’ayant longtemps écouté que « de la techno et du punk », a découvert le monde du hip-hop de l’intérieur grâce aux producteurs américains avec lesquels il a travaillé. 

Car, à la suite de la séparation de son groupe en 2016, il s’est installé près de Los Angeles afin d’apprendre la production. En Californie, il a notamment fait la connaissance des membres de Nine Inch Nails, qui ont complètement changé sa façon de voir la musique. "Quand je les ai vus sur scène, j’ai pris la même claque qu’avec Rage Against the Machine. Moi, j’étais très pote avec Robin (Finck), le guitariste, parce que nos gamins étaient dans la même classe à l’école. C’est quelqu’un de tellement artiste que ça te remet à ta place. Ce sont des gens ultra-simples, mais quand ils te racontent ce qu’ils font, tu te dis : ‘Mais qu’est-ce qu’on a fait, nous ?’ Ce gars-là, il fait du cirque, il fait Nine Inch Nails, il fait du hip-hop et on a enregistré plein de musique dans son studio, parce que c’était mon voisin", glisse-t-il. 

De l’indus aux ballades pop

On ne s’étonnera pas que le morceau Cali, qui évoque cette parenthèse américaine, soit proche de l’indus, ni de retrouver plus loin un morceau à la Foo Fighters. A l’image de Wait a minute, les ballades se mêlent à des refrains plus nerveux et le groupe n’a de cesse de détourner les codes du rock. Cet éclectisme doit beaucoup à Yan Stefani, qui a appris la musique sur les bancs de l’école et se révèle curieux de tout. "Moi, j’ai vite voulu faire de la musique mon métier, sans même savoir ce que ça voulait dire. C’est allé super loin, j’ai fait du jazz pour faire death metal. Même quand je voyais un truc de country, j’essayais de le reproduire... J’ai toujours été passionné par des choses que je ne savais pas faire. Je galérais pour les reproduire, mais ça rentrait un peu mieux, et puis j’étais content", raconte le guitariste.

Côté paroles, les Skip the Use n’ont pas changé : ils chantent surtout en anglais. Alors que Marine est une charge explicite contre Marine Le Pen, la leader du Rassemblement national, Look Around appelle au contraire à se serrer les coudes. Sur la montée de l’extrême-droite dans une région qui est devenue l’un de ses fiefs électoraux, Mat Bastard refuse le pessimisme. "Le Nord est surtout une région ouvrière, qui a posé les bases du vivre ensemble dans notre pays. Le Rassemblement national ne peut pas casser 150 ans d’histoire. Mon père m’expliquait que dans les mines, il n’y avait pas de problème de communautés, parce que le coron, c’était la communauté. Il y avait des gens de partout, des Polonais, des reubeus, des noirs, des français. Le problème que t’avais, potentiellement, ton voisin l’avait aussi. Le mieux, c’était d’aller discuter, et de le régler. Et cela a toujours été ainsi", rappelle-t-il.

Entré dans la quarantaine, le noyau dur de Skip the Use regarde vers l’avenir. Et s’il est une habitude qui n’a pas été remise en cause, c’est de faire un rock sans chichis. On aura donc plaisir à reprendre leurs refrains pleins d’onomatopées, en particulier lors de festivals d’été où Mat Bastard met toujours un joyeux bazar.

Skip The Use Past & Future (Polydor) 2019
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