Soleil Noir ou l’audace de rayonner par soi-même

Soleil Noir. © Florian Corcos

Soleil Noir est un auteur, compositeur et chanteur français qui, à l’instar de beaucoup d’autres, cherche sa place dans le paysage musical hexagonal. Avec un parti pris radical, celui d’échapper aux circuits habituels de distribution de la musique.

C’est encore l’aurore pour Soleil Noir. Ses premiers faisceaux, déjà six compositions originales, n’ont jailli que depuis l’année dernière. Soleil Noir - nécessaire oxymore emprunté à Barbara qui elle-même l’avait déniché chez Gérard de Nerval – c’est d’abord une démarche artistique à rebours des habitudes et des systèmes.

Lui ne compte pas sur un label ou une major pour détecter son talent et assurer sa distribution. Un pari aussi risqué que libérateur, juge l’intéressé qui a fait sienne la phrase du philosophe Friedrich Nietzsche : "Que sont donc les événements de notre vie ? Bien plus ce que nous y mettons que ce qui s’y trouve !"

De l’artiste résolu, Soleil Noir porte en lui la détermination inaltérable de celui qui croit en son art, le portant vers un inaccessible firmament sans cesse repoussé encore plus loin et plus haut, intransigeante exigence oblige. Une quête qui emprunte aussi bien les chemins du doute que les sillons tortueux du travail sans vraie récompense immédiate autre que celle de progresser.

Écrire, composer, arranger inlassablement, et bien plus encore, car Soleil Noir est aussi le réalisateur et le monteur de ses clips qu’il taille à la démesure de sa démarche, solitaire ou presque, nonobstant le premier cercle de ses amis qui ont la primeur de ses créations.

Voix expressionniste posée sur des textes aussi léchés qu’acérés, mêlée à des guitares saturées, Soleil Noir chante en français et il ne faudra pas compter sur lui pour céder aux sirènes anglo-saxonnes : "Je trouve assez malhonnête l’idée d’exprimer la moindre émotion dans une langue autre que maternelle".

Une décision qui n’a rien de sectaire comme en témoignent ses multiples influences, de John Coltrane à Nine Inch Nails, en passant par Marylin Manson, Nick Cave, Barbara, Brel… Un panthéon de choix pour celui qui entend transmettre "de troublantes dissonances pour un nouvel espoir".
 

Pendant que certains tirent des plans sur la comète de leurs ambitions, ce trentenaire élancé qui n’est pas non plus un novice – un premier album autoproduit il y a une dizaine d’années – se jette à corps perdu dans le travail. Labeur et patience contre l’aliénation contractuelle d’une maison de disque, il a donc fait son choix. C’est celui du DIY, "Do It Yourself", mantra anticonsumériste de la fin des années 1970 cher à l’épopée punk.

 "Les maisons de disque ne développent plus d’artistes, à moins d’avoir remporté la finale de The Voice. Et ils prennent 80% des gains" explique-t-il d’une voix calme et sans la moindre trace d’amertume. "Je réserve ma sueur à mes compositions, sûrement pas à harceler des directeurs artistiques qui n’ont d’artistique que l’intitulé de leur poste" ajoute-t-il pour mieux asseoir son absence de concession à un système qui ne l’intéresse tout simplement pas.

Est-il vraiment possible de réussir sans maison de disque ? Le débat entre les pour et les contre n’intéresse guère Soleil Noir. Seul l’avenir dira si la voie de l’autoproduction sera celle du succès. Pour l’heure, il savoure la marque indéniable d’une liberté totale et une vraie proximité avec les fans. Abonnés, followers, ses auditeurs le suivent sur YouTube, Facebook, Instagram et ce sont certainement ses meilleurs alliés. Mais gare au miroir aux alouettes des réseaux sociaux : "Je préfère 1000 abonnés sérieux et motivés sur mon compte YouTube, plutôt que 100 000 j’aime qui ne désignent en fait qu’une adhésion éphémère" prévient-il.

À l’heure où le modèle économique du streaming est en pleine gestation, les plateformes de distribution de musique à l’instar de Spotify font de l’œil aux artistes dans le dos des maisons de disques. Ou comment court-circuiter les labels pour ne plus rémunérer d’intermédiaire. Une stratégie qui vise surtout les chanteurs et musiciens émergents comme Soleil Noir. Loin de guetter le coup de fil qui peut se révéler être une laisse autour du cou, Soleil Noir recherche des musiciens, à commencer par un guitariste, pour ajouter des rayons à son astre solaire.

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