À Madagascar, les belles intentions de Reko

Le groupe malgache Reko. © Facebook Reko - Fy & His Band.

Aux programmations, ils préfèrent les instruments conventionnels. Aux rythmes tropicaux endiablés qui exercent une domination musicale écrasante sur la Grande Île de l’océan Indien, ils préfèrent une atmosphère folk rock léchée. Les quatre membres du groupe Reko créent la surprise, dans ce pays de 25 millions d’habitants dont la moitié a moins de 20 ans. Leur premier album Andao pourrait bien se transformer en tremplin.

Une nature paisible. De beaux paysages. Une lumière douce. De l’eau qui ruisselle, des oiseaux qui planent au-dessus de vastes étendues… Les clips des chansons du groupe Reko en disent déjà long sur son positionnement au sein de la scène locale en vogue aujourd’hui, plutôt prompts à reprendre les codes bling-bling pour donner du rêve, quitte à paraître hors sol – Madagascar est le cinquième État le plus pauvre.

Il aura même fallu attendre le troisième single du quatuor en août 2019, alors que sa notoriété avait déjà grimpé en flèche, pour que Fy Rasolofoniaina et ses acolytes décident d’apparaître sur leurs vidéos. Avec toujours les paroles qui s’affichent au fur et à mesure, comme dans une version karaoké, y compris dans certains concerts où elles sont projetées sur un écran en fond de scène.

La chanson prime sur ses interprètes, tel est le principe intangible qui semble posé par Reko. Sans doute est-ce au nom de cette même conviction que Fy, son fondateur, a cessé de se produire sous son propre nom, prêt à diluer son ego dans un cadre collectif. Et anticipant déjà le fait que ses œuvres, une fois diffusées, ne lui appartiendraient plus tout à fait : Mitonia vient d’en apporter l’illustration, reprise a cappella par la formation FEO.

En termes de reconnaissance, le groupe mis sur pieds en 2017 engrange ces temps-ci les fruits de son travail. À peine revenu d’un concert à l’Alliance française de Diégo-Suarez, la grande ville portuaire du nord connue pour être la capitale du salegy trépidant, il recevait le 8 février un des trophées décernés aux RDJ Mozika Awards organisés par une puissante radio d’Antananarivo. Nommé à trois reprises, il remporte le prix dans la catégorie de la musique… évangélique.

Ce positionnement, pourtant, n’est pas revendiqué par les intéressés. "Il y a des valeurs chrétiennes dans ce que je fais, je ne peux pas nier ma façon de penser, mais je ne fais pas de la musique évangélique", tient à préciser Fy, l’auteur des textes, qui reconnaît toutefois qu’une telle appellation pouvait convenir à son premier album en 2013.

À l’époque, le jeune homme de 22 ans réside en Afrique du Sud où il est parti, son baccalauréat en poche, en tant que volontaire pour l’organisation missionnaire chrétienne Youths With A Mission (Jeunesse en mission, en français). L’expérience lui permet d’acquérir des techniques d’écriture. "Ça m’a beaucoup aidé à exprimer ce que je ressens et à le partager à travers la musique", explique-t-il avec le recul. Le flot est libéré, les chansons arrivent les unes après les autres. Seul avec sa guitare, il enregistre le contenu de son premier CD, animé par une passion authentique qui confine à l’extase.

Revenu à Madagascar, il tente d’apporter "d’autres couleurs" à sa musique pour "l’enrichir". Lui qui a écouté à l’adolescence les tenants de la folk malgache que sont Mahaleo et Lôlô sy ny Tariny, formations emblématiques nées dans les années 70, pense à Coldplay, à l’esprit folk des Mumford & Sons. Il se met en quête de musiciens. Qu’importe si ceux qu’il rencontre viennent d’autres horizons musicaux, du moment que les caractères sont compatibles.

Une équipe se construit. Diary, le bassiste, est un ami de longue date nourri à Mozart et Dire Straits. Zazah, le batteur, a accompagné notamment Samoëla et le Tana Gospel Choir au sein duquel jouait aussi Princia, le guitariste soliste formé au Centre national d’éducation musicale de Madagascar (Cnem). Leur style ? "Folk progressive", définissent-ils.

Tiako Ianao, leur premier enregistrement, leur vaut le coup de main immédiat du label Libertalia, qui a donné ces dernières années une exposition internationale à Dizzy Brains et Kristel. "La simplicité mélodique, une belle intro de guitare, la voix superbe du chanteur, un titre bien arrangé… Du très bon son", résume son directeur exécutif, Éric Rasoamiaramanana. Le travail réalisé en studio par Miora Rabarisoa, batteur vu avec Joël Rabesolo (qui a succédé à Régis Gizavo au sein de Toko Telo avec D’Gary et Monique Njava), met parfaitement en valeur leur répertoire.

L’engouement se confirme, soutenu par les médias locaux. "Sans aucune contrepartie", assure le groupe qui multiplie les prestations live sur tout le territoire l’an dernier, avant de commercialiser fin décembre son premier album attendu : Andao (allons-y). Si le titre synthétise la philosophie positive et velléitaire de Fy, les chansons de Reko se démarquent aussi par la qualité de leur production. Une des meilleures nouvelles musicales en provenance de la Grande Île depuis bien longtemps, et qui pourrait changer la donne.

Reko Andao 2019
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