La folk pastorale de Tue-Loup

Tue-loup. © Pascale Massard

Le groupe sarthois Tue-Loup creuse depuis plus de 20 ans son sillon musical. En toute indépendance, il crée des chansons infusées par la nature. Ces jours-ci, il publie un nouvel album intitulé La Peau des arbres. Rencontre avec l’auteur et chanteur Xavier Plumas. 

RFI Musique : Vos albums sont traversés par l’évocation de la nature. Ici, il est question de vent, de passereaux, de marais, de bruyère… Pour quelle raison ? 
Xavier Plumas : Je vis à la campagne, je marche tous les jours lorsque le temps le permet. Les images qui me viennent en tête lorsque j’écris des textes me sont inspirées par mon environnement. Mais je ne cherche pas à décrire la faune ou la flore de la Sarthe, mes textes parlent beaucoup d’amour, de sexe, de relations humaines, de rapport au monde… Pour illustrer ma pensée, j’évoque plutôt la nature. Par exemple, le corps d’une femme me paraît plus ressembler à un arbre qu’à un building… 

Le nom du groupe prouve son ancrage… 
Nous habitons tous dans la Sarthe. Tue-Loup est le nom du lieu-dit où vit le guitariste Thierry Plouze. C’est là-bas que nous avons créé et enregistré nos deux premiers albums, Les Sardines et La Bancale, c’est celui-ci qui nous a fait connaître, en 1998. Sur le modèle du duo Portishead, dont le premier album venait de sortir, nous avions choisi le nom de l’endroit où nous étions car nous n’avions pas trouvé de nom de groupe. La poétique de celui-ci a inspiré beaucoup de journalistes ! Notamment parce que Thierry disait que c’était l’endroit où avait été écorché vif le dernier loup dans la Sarthe… Cela pourrait plutôt provenir de l’Aconit tue-loup, une plante vénéneuse… 

Il n’est pas question que de la Sarthe dans ce dernier album…
C’est souvent en marchant que les chansons viennent, par le mouvement. Cela a été le cas à Saint-Agrève en Ardèche pour Sueur. Ou un fleuve côtier, Siagne, dans le sud de la France. Supramonte est le nom d’une montagne en Sardaigne sous laquelle coule la plus grande rivière souterraine d’Europe. Cela n’est pas explicite pour l’auditeur, qui peut y comprendre un peu ce qu’il veut… 

Faites-vous partie de la grande famille musicale de la folk ? 
Oui, dans le sens où toutes nos chansons peuvent être interprétées seulement en guitare-voix. Leur essence est folk puisqu’elles sont composées ainsi. Mais nous les arrangeons au-delà de la folk traditionnelle américaine. Nous nous rapprochons peut-être de la folk des années 1970 un peu plus libre, façon Joni Mitchell ou Tim Buckley. J’étais tombé ado dans la discothèque de mon oncle, j’y ai découvert Lou Reed, Neil Young ou Leonard Cohen. J’ai ensuite appris seul la guitare. 
 

 

L’indépendance, est-ce un choix ? 
Depuis une dizaine d’années, nous avons choisi d’être notre propre maison de disques, sous statut associatif. C’est beaucoup de tâches administratives, mais cela nous apporte une totale liberté artistique. Les trois labels indépendants chez qui nous avions signé — Pias, Village Vert et Naïve — ne s’immisçaient pas dans notre direction artistique, mais ils sont néanmoins soumis à la rentabilité économique. Ils nous ont fait comprendre que nos titres n’étaient pas assez formatés pour la radio, ça s’est fini de façon conflictuelle. 

Vous avez vite abandonné la structuration classique couplet-refrain… 
Aux débuts du groupe, on faisait comme on pouvait, nous étions très influencés. Assez vite, je suis sorti du format classique. Mais je le respecte car c’est très difficile d’écrire une chanson simple et efficace. J’aime également casser ce format et voir si l’on peut faire autrement. Cela vient aussi de mes goûts musicaux, de la musique contemporaine, de Mark Hollis de Talk Talk…  

Trois titres sont chantés en anglais, mais deux sont traduits du français. Expliquez-nous.
Deux textes ont été écrits par un autre auteur, Alain Bouvier, qui a fait le choix de la traduction en anglais par pudeur, car il évoque une personne qu’il connaît, Jeannine. Je ne suis pas très porté sur les textes en anglais car j’ai un mauvais accent, mais ces paroles étaient finalement plus faciles à chanter dans cette langue qu’en français. Rythmiquement et phonétiquement, c’était plus efficace. 

Comment expliquez-vous la longévité de Tue-Loup ? 
C’est un mystère pour tout le monde ! (rires) Je mesure la chance d’avoir ces compagnons toujours partants pour créer un disque. Dieu sait que ce n’est pas l’appât du gain car cette histoire ne nous rapporte pas un centime ! Nous sommes intermittents mais ne vivons pas de nos modestes ventes de disques. Il y a une motivation, une fraternité, un plaisir sans cesse renouvelés. J’apporte les chansons sans aucune direction artistique. Chacun doit y trouver son compte car chacun est libre. 

Tue-Loup La Peau des arbres (La Lézarde/L’Autre Distribution) 2021
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