Little Bob, une vie en rock et en roll

Little Bob. © Charles Dutot

Le Havrais Little Bob sort un nouveau disque, We need hope, et continue le combat. Même profondément marqué par la mort de sa femme, ce pionnier du rock’n’roll en France continue d’entretenir la flamme d’une musique qui a changé le cours de son existence. À 75 ans, l’artiste reprendra la route dès qu’il le pourra avec ses Blues Bastards, parce que le rock est toute sa vie.

La chanson termine ce nouveau disque de Little Bob et elle résume l’état d’esprit du bonhomme. Au cœur de l’été 1969, Freedom avait été l’un des grands moments du festival de Woodstock, faisant souffler un vent d’espoir sur la jeunesse américaine. L’appel à la liberté est devenu mondial en pleine guerre du Vietnam, alors que la prestation de Richie Havens inspirait les révolutionnaires du monde entier. C’est ce titre que le chanteur havrais s’approprie dans une version plus électrique. Sa liberté, Roberto Piazza, 75 ans, l’a toujours revendiquée et personne ne l’a jamais empêché de faire ce qu’il voulait.

Le rock’n’roll l’a "cueilli" en Italie, alors qu’il était môme. Il a d’abord écouté les pionniers, Elvis Presley, Little Richard, Eddie Cochran et il n’a jamais arrêté depuis. "C’est une passion que je ne peux pas éteindre. Le feu revient toujours. Il y a des moments où je peux en avoir marre, parce que cette musique est moins reconnue qu’elle l’était. Mais ce n’est pas grave, je suis fidèle", glisse-t-il. Sous la grisaille normande, Roberto Piazza a trouvé son étoile. Pour donner le change, il a occupé durant quatorze ans un poste d’agent administratif à l’usine de cuivre Tréfimétaux, où travaillait son père avant de se lancer comme chanteur.

Pionnier du rock en France

L’immigré italien n’a jamais dévié de sa route depuis qu’il l’a prise. Véritable pionnier du rock français avec Little Bob Story, il a été parmi les premiers à jouer en Angleterre. Les concerts s’enchaînent alors à un rythme effréné, les Français carburent à l’alcool et au speed pour tenir. La légende est en marche, pas un lieu qui ne verra cette bande. Qu’est-ce qui fait tenir ce bonhomme depuis tout ce temps ? Qu’est-ce qui fait qu’il est toujours à la barre des Blues Bastards ? "La passion", assure-t-il, et un besoin viscéral de chanter avec son groupe, des fidèles qui le suivent depuis des décennies.

C’est avec ces musiciens qu’il a enregistré We need hope, son nouveau disque. L’enregistrement s’est fait dans un studio de Rouen, en février 2020, et il a été achevé au mois de juin. Il s’agit d’un album de rock’n’roll sans fioritures, où les guitares trouvent souvent un harmonica et un piano. Le blues des origines n’est jamais très loin, d’autant plus quand il s’agit d’y mettre ses peines. "On a eu du mal à l’écrire, parce que j’étais tellement triste du départ de ma douce. Tout le monde me disait : ‘Mais elle est là !’ Je suis du signe du Taureau, je suis terre-à-terre. J’ai besoin de toucher, et là, je ne peux plus", dit-il, avec toute la tristesse du monde.

Fin mars 2019, Mimie Piazza est morte après sept ans et demi de combat contre le cancer. C’était la femme de Roberto, mais plus que cela. Tour manager de Little Bob et des Blues Bastards, elle conduisait le tour bus et veillait à l’intendance. S’il a souvent écrit des chansons d’amour en pensant à elle, l’absence de "sa" Mimie est au cœur de ce disque. You can’t come back parle de ces bleus à l’âme, tandis que Made for me conte sur fond de ballade irlandaise cette rencontre inespérée. C’est l’amour de Mimie qui a permis au chanteur de se sortir de la drogue et de l’alcool. En italien dans le texte, Il bello della vita décrit les temps heureux. 

Un besoin d’espoir

Mais il n’y a pas que des chansons tristes, le vieil Apache variant les registres. Plus léger quand il parle d’un guitariste parti sans donner de nouvelles ou reprend le sarcastique Where have all the good times gone des Kinks, il se fait volontiers combatif. "We need hope, c’est pour parler de ce qui se passe dans le monde entier. Il n’y a plus que l’argent qui compte, pas l’humain. C’est pour cela que je dis qu’il faut changer de société", précise-t-il. À propos de sa reprise du Bella Ciao en anglais emprunté à Tom Waits, il assure : "On a repris Bella Ciao parce qu’en ce moment, les fascistes et les racistes pointent beaucoup trop le bout de leur nez à mon goût. On la jouera en concert dès qu’on pourra."

Privé de scène à cause de la Covid-19, il estime "qu’on fabrique des générations qui font la gueule". "J’aurais du mal à faire tenir des gens assis. Le public vient devant la scène, il me touche la main. On échange, on donne vraiment", constate-t-il. Alors, pour ne pas perdre le rythme, Roberto Piazza prend chaque semaine la route avec son batteur, Matthieu Poupard. Direction : Rouen. Il retrouve là-bas son contrebassiste, Bertrand Couloume, et son guitariste, Gilles Mallet. Les quatre musiciens répètent dans l’arrière-salle de Music Melody, un magasin d’instruments de musique.

Trois heures de pur rock’n’roll par semaine en espérant retrouver au plus vite le grand frisson de la scène.

Little Bob, Blues Bastards We need hope (Verycords) 2021

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