Skip the Use, au temps des désordres

Skip The Use © Nicko Guilal

C’est un groupe de rock populaire et un sacré groupe de scène. Les nordistes de Skip the Use apparaissent ressoudés avec un album, Human disorder, où l’on reconnaît bien leur patte et leur son. En anglais et, de plus en plus en français, Mat Bastard et les siens entendent nous faire danser le poing levé et le verbe haut. 

La dernière fois qu’on les avait rencontrés, c’était à la toute fin de l’année 2019. Les Skip the Use sortaient d’un concert chez eux, à l’Aéronef de Lille, et nul n’aurait pu prédire alors ce que les prochains mois allaient réserver. Pandémie de Covid-19, gestes barrières, distanciation sociale, confinements successifs, arrêt des tournées, et une vie faite de choses "essentielles" et "non essentielles". Eux qui venaient de traverser une séparation et un rabibochage auront à peine eu le temps de se projeter ensemble, le groupe tournant alors autour du chanteur Mat Bastard et du guitariste Yan Stefani, ses principaux artisans.

Comme beaucoup de musiciens qui ont profité de ces deux années pour écrire de nouvelles chansons, les gars du Nord reprennent leur histoire où elle s’est arrêtée. Ayant pleinement intégré le bassiste Nelson Martins et le batteur Enzo Gabert, ils apparaissent soudés autour d’une patte qu’on reconnaît à la première écoute.

Composé sur ordinateur et enregistré en bonne partie dans leur studio installé à Cambrai, ce cinquième album a été plus collectif. "Avec ce son qu’on travaille depuis quinze ans, on veut toujours aller au même endroit. Mais on a acquis de l’expérience. Ce qui nous permet d’être plus précis, plus rapides ou plus coquins pour arriver à nos fins", explique Mat.

Des rêves d’Angleterre

Groupe de rock populaire, Skip the Use recycle volontiers les genres. On trouve ça et là des clins d’œil à l’indus, au punk ou rock indie. Mais les grosses guitares de ses refrains fédérateurs laissent plus souvent que d’habitude la place aux sonorités électroniques. C’est le cas de Rise, dont l’Auto-tune évoque le hip hop.

Avec ses guitares très funky, le bien nommé Dancing Alone raconte simplement une danse frénétique dans un salon en plein milieu des confinements. On imagine alors une vue sur la mer et les rêves californiens d’un Mat Bastard, qui a vécu un temps à Los Angeles afin d’apprendre le métier de producteur.

Le titre de ce disque se rapporte directement aux bouleversements de ces deux dernières années. "Human Disorder, ça décrit les deux ans qu’on a vécu pour faire ce disque et ce qu’on a tous vécu sur la planète. En deux ans, on a eu la pandémie. Mais il y a aussi plein de mouvements qui se sont exprimés : Black lives matter, le mouvement féministe, le mouvement LGBT... La parole s’est ouverte, notamment grâce aux réseaux sociaux. On peut s’en foutre ou essayer de trouver des solutions ensemble", juge Mat. Le chanteur estime avoir un rôle de témoin de son époque. Sous forme d’ego trip, la chanson-titre se fait l’écho d’une société dans laquelle tout se note. Le tendu Ellipse est un écho au mouvement des gilets jaunes.

Chantant surtout en anglais, Skip the Use écrit de plus en plus en français. Cette fois-ci, près d’un tiers des chansons sont dans notre langue. Dans Les sables d’or, le souvenir d’une balade sur la plage renvoie autant aux migrants traversant la Manche qu’à l’Angleterre fantasmée. "Être sur un blockhaus et voir l’Angleterre au loin, c’est ultra Skip the Use. Depuis qu’on a fait ce groupe, on regarde Arctic Monkeys et tous ces groupes en étant admiratifs. Dire en français, ‘Et si c’était la route pour s’enfuir ? À quoi bon, on penserait qu’à revenir’, c’est bien nous. Finalement, on revient à ce qu’on est, des Français. On a grandi avec l’Angleterre ou plutôt, l’idée qu’on s’en faisait. Mais on est toujours là et ce n’est pas si mal", appuie Mat.

Un groupe de scène impressionnant

Impressionnants en concert, les Skip the Use vont retrouver la scène ce printemps. Après deux années d’abstinence, ils entendent bien rappeler au public la saveur de ces moments. "Quand on se retrouve, ça nous fait du bien, explique Yan. Clairement, on a hâte de se revoir et de retrouver les gens. On a des albums et le live, c’est notre liberté. Il y a un délire qu’on kiffe, c’est de pouvoir faire participer les gens sur des morceaux qui ne sont pas prévus pour ça."

"Les concerts, c’est une façon pour nous de délivrer notre message et d’avoir le micro pendant 1h30, reprend Mat. Quand j’écris le morceau Ellipse, je fantasme de ce refrain en live. Quand je dirai ‘On serre le poing’, j’espère qu’on me répondra : ‘Et tout ira bien’. Si on arrive à faire dire ça au public en 2022, je me dis que, p….n, on a carrément une mission politique !"

Par le passé, le groupe avait pris des positions tranchées contre le Rassemblement national de Marine Le Pen, qui s’est largement implanté dans le Nord de la France. Il affiche les mêmes convictions face à l’extrême droite d'Eric Zemmour. Mais se fixe pour mission "de faire danser les gens ensemble, sans avoir peur les uns des autres". Ce qui n’est effectivement pas une si mince affaire par les temps qui courent.                                                                                                                      

Skip The Use Human Disorder (E47 Records) 2022
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