Grand Corps Malade slame pour les femmes

Grand Corps Malade rend hommage aux femmes dans son album "Mesdames". © Yann Orhan

Deux ans après la sortie de Plan B, un an après celle de son film, La vie scolaire, Grand Corps Malade revient avec Mesdames, un disque en hommage aux femmes. Sur ses pistes, il croise sa voix avec celles de Véronique Sanson, Louane, Camille Lellouche, Laura Smet, etc. Militant et touchant.

Il a le regard bleu azur, et un grand sourire clair. Grand Corps Malade pose ses mots avec calme, et les pare d’éclats d’humour joyeux. Du slameur le plus célèbre de France, à l’interminable silhouette, se dégagent une douceur apaisée, autant qu’une confiance en soi, une intégrité solaire. Depuis son dernier disque, Plan B, sorti en 2018, l’artiste a réalisé son premier film de fiction, La vie scolaire, sur l’école dans les cités : un carton au box-office.

Tranquillement, Grand Corps Malade jongle sur plusieurs tableaux – la musique, le cinéma, l’engagement associatif... L’homme sait s’organiser : "Mes tournées s’étalent sur plusieurs années, mais je me limite à trois dates par semaine. J’ai deux enfants, je veux les voir grandir. D’ailleurs, le dimanche, c’est sacré : j’accompagne mon fils au foot." Et le chanteur de saluer, dans la foulée, l’investissement de sa compagne. Et d’évoquer cette fameuse "charge mentale" qui pèse sur ses épaules, probable résultat de siècles de patriarcat : "Même si les mentalités évoluent, dit-il, même si les hommes s'occupent davantage des enfants et des tâches ménagères, les femmes conservent encore le monopole de la logistique. À commencer par la mienne. Elle travaille énormément en tant que fonctionnaire, mais c’est toujours elle, qui organise la maison, les repas, les habits des enfants… En fait, j’ai l’impression de ne pas être assez intelligent pour comprendre que le jean de mon fils est trop petit..."

Libération de paroles

Alors, parce qu’il y a elle, et parce qu’il y toutes les autres, les solides, les bafouées, les humiliées, les fragiles, parce qu’il y a eu #MeToo et #balancetonporc, qui sont venus bousculer nos habitudes et nos consciences, Grand Corps Malade a décidé d’offrir ce disque en hommage aux femmes. "Sans pour autant qu’il soit un brûlot féministe", précise-t-il. Alors, bien sûr, le slameur n’a pas attendu ces libérations de la parole sur la place publique, pour se poser des questions sur la parité.

"J’ai grandi à Saint-Denis, dans le 93, dans des univers très masculins, notamment dans les milieux du sport, raconte-t-il. Le rapport aux filles de certains de mes potes était parfois discutable, et pourtant, je n’osais pas intervenir… En grandissant, j’ai commencé à me poser des questions sur les formes de ces dominations masculines : le fait que moins de femmes accèdent à des postes à responsabilité, qu’elles soient moins payées. Et aujourd’hui encore, j’hallucine qu’elles n’aient obtenu le droit de vote qu’en 1945, et la permission d’avoir un compte en banque seulement en... 1965 ! #MeToo et #balancetonporc ont affirmé que ce n’était pas normal. Et que certains comportements pouvaient même être punis par la loi : le harcèlement de rue, les pressions de séduction des patrons, des hommes de pouvoir… La société évolue... Quel soulagement !"

Une palette de chants et de situations

Au-delà de la conscience politique, Grand Corps Malade voulait aussi réaliser ce "kiff" de se choisir des partenaires féminines de chanson, de mêler son timbre de voix grave et rauque, à une palette de couleurs différentes. Sur Mesdames, il a donc convié dans sa ronde, des chanteuses, des comédiennes, des slameuses, des héroïnes et des jeunes pousses. Et à chacune d’elle, il a taillé une chanson sur mesure, comme un costume, parfaitement ajusté. Avec Véronique Sanson, il rend hommage à son aînée Violaine ("Je suis pudique, je lui dis rarement que je l’aime. Mais là, elle a pleuré d’émotion… Mission accomplie !", sourit-il.).

La mystérieuse Laura Smet incarne une rencontre fugitive et sensuelle, évanescente et aussi vite disparue, lors d’un cocktail. Amuse-bouche joue une histoire d’amour torride et éphémère. Quant à Camille Lellouche, elle campe la femme, l’amoureuse, et les tumultes traversés pour préserver une relation. Avec la pétillante Suzane, ils troquent Pendant 24h, leurs vies d’homme et de femme, et s’amusent des clichés ("Je te jure, je n’ai jamais vu une femme réussir un créneau du premier coup", rigole Grand Corps Malade). Avec Manon, une jeune slameuse de 14 ans, il initie un dialogue sur le confinement, vécu par un père de famille d’un côté, et une adolescente de l’autre. Avec Louane, ils évoquent les affres de la création…

Dans ce disque riche, se croisent ainsi, sous la plume tendre et juste du slameur, plusieurs figures, plusieurs situations de femmes, à plusieurs âges : l’amoureuse, l’amante, la sœur… Et au beau milieu, il y a Grand Corps Malade, qui explore ses rapports avec elles, en dansant sur les beats entraînants, électro-hip hop, façon clubbing, du DJ et producteur suisse Mosimann. Avec son hommage aux femmes, Grand Corps Malade réussit une belle photographie d’un moment, un album touchant. En parallèle, il planche sur un projet de troisième film. Toujours avec cette clarté et cet aplomb sincère qui le caractérise.  

Grand Corps Malade Mesdames (Anouche Productions) 2020

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