Malted Milk & Toni Green, la soul de Memphis à la mode nantaise

Malted Milk et Toni Green © Bebopix

L’art de la symbiose entre entités musicales issues d’environnements différents est si peu aisé que celle à laquelle sont parvenus la diva américaine Toni Green et le groupe français Malted Milk ne peut passer inaperçue. Le succès de leur premier album Milk & Green témoigne de la qualité du dialogue que font entendre ces adeptes de soul américaine.

Ils ne s’étaient jamais rencontrés et avaient à peine quelques jours pour préparer un concert, fin janvier 2014, avec l’intention de voir ce que leur association pouvait donner sur scène. Ils voulaient aussi profiter au même moment, de la présence à Nantes de nombreux professionnels à l’occasion de la sixième édition des Biennales internationales du spectacle. Lorsque l’Américaine Toni Green, jusque-là réservée, a commencé à faire entendre sa voix à côté de lui tandis qu’il jouait, Arnaud Fradin a compris en un instant ce qu’un tel son pouvait apporter à son groupe Malted Milk.

Trente mois, un album et une bonne soixantaine de concerts plus tard, ceux qui découvrent la chanteuse en live n’échappent pas à ce flash : tout, en elle, sur le plan vocal, mais aussi dans sa façon d’être, correspond à l’image de la soul. Pas un cliché, juste une réalité.

Dans le passé, Malted Milk s’était déjà essayé à collaborer avec un chanteur du sud des États-Unis, Karl Davis, installé dans l’ouest de la France. "Enrichissant artistiquement, mais humainement difficile", résume Arnaud. L’expérience l’avait "un peu calmé", même s’il n’oublie pas de rappeler que son acolyte de l’époque a contribué à l’orienter vers la soul, en lui faisant écouter des artistes comme Al Green.

Un groupe devenu une référence en France

Pendant plusieurs années, il s’est donc concentré sur son groupe, qui n’a cessé d’évoluer depuis ses débuts, dans les années 90. Le duo acoustique s’est transformé en septet ; le blues qui lui a procuré ses premiers émois musicaux, que ce soit Ligthnin’ Hopkins ou le totémique Robert Johnson, s’est élargi a d’autres courants afro-américains de la même famille, à l’image du titre de son album de 2010 baptisé Sweet Soul Music. Ce parcours et les efforts, la curiosité insatiable qui vont avec, ont produit leurs effets : le groove de Malted Milk est devenu une référence dans l’Hexagone.

Avec son vécu, sa culture, Toni Green parle le même langage musical : fille d’un jazzman chanteur et trompettiste de Memphis, elle baigne dans le gospel, le rhythm'n'blues, enregistre avec les Imported Moods son premier 45 tours en 1970, à 19 ans, pour le label Hi Records de Willie Mitchell, producteur phare de la soul.

Une carrière au fil de l’eau qui la voit tourner comme choriste pour Isaac Hayes, chanter dans les clubs du Kentucky où elle est partie vivre, puis enfin sortir un premier album sous son nom en 1998 – d’autres ont suivi. S’il existe un circuit pour les artistes de cette catégorie dans son pays, ses apparitions en Europe s’avèrent rares à cette période. Son premier concert en France remonte à 2012, invitée par les musiciens du Collège International de Valbonne, près de Nice, qui l’accompagnent !

Sa présence aujourd’hui avec l’équipe d’Arnaud Fradin, grâce à l’entremise du producteur et facilitateur Sebastian Danchin, a changé la donne, tant pour sa visibilité internationale que pour celle du groupe. Un tiers des concerts en 2016 ont lieu hors de France.

"Le fait d’avoir quelqu’un d’américain avec nous, ça ouvre des portes", reconnait le chanteur-guitariste. Il a aussi fallu trouver un modus vivendi pour ne pas donner l’impression que Toni était une pièce rapportée, ou a contrario que les Nantais étaient devenus son backing band. Dépasser ce qui peut séparer, dans les histoires personnelles comme dans la façon de travailler. Trouver des moments de partage, ailleurs que sur scène. Et imaginer ce que pourrait être un avenir en commun.

Malted Milk & Toni Green, Milk & Green (XX) 2016
Site officiel de Malted Milk et Toni Green
Page Facebook de Malted Milk et Toni Green