Sly Johnson, musique de l'âme

Sly Johnson, ex-membre du Saïan Supa Crew, publie un album soul "Silvère". © Alexandre Lacombe

Voilà quelques années qu’on était sans nouvelles discographiques de Sly Johnson, l’ex-Saïan Supa Crew devenu chanteur soul. Cette fois, il sort le grand jeu avec un disque soul à l’arôme hip hop, et de plus chanté en français. Un retour gagnant pour cet artiste de talent qui se livre sur son histoire parfois sombre au long des douze compositions de Silvère, son nouvel album. Rencontre.

RFI Musique : Êtes-vous toujours Sly The Mic Buddah ?
Sly Johnson : Mon nom est Silvère Johnson, mais on m’appelle Sly. Le Mic Buddah est toujours présent, c’est ma part de folie, ma part d’enfant que je garde.

Comment êtes-vous passé du rap à la soul ?
En fait, avant le Saïan Supa Crew, j’ai rappé un peu par accident. Au début des années 1990, je commençais à beatboxer, j’imitais déjà plein de rappeurs. J’ai intégré un groupe qui s’appelait Agents Secrets. Je ne sais pas pourquoi d’ailleurs, il n’y avait pas de concept, mais on était à fond ! (rires) Donc j’ai rappé du jour au lendemain. Et puis des rencontres m’ont amené à plonger dans le son hip hop pour intégrer le Saïan Supa Crew en 1997. Et là, c’était un nouveau terrain de jeu : 6 mecs barjos qui veulent conquérir le monde du hip hop et casser les barrières, aller en dehors de la France. Le souci est venu entre le deuxième et le troisième album, je ne me voyais plus en rappeur. J’ai eu envie de voir ailleurs, j’ai rencontré Camille, Éric Truffaz et aussi un DJ qui s’appelle JP Mano, qui m’a fait découvrir la soul. Quand j’ai perdu ma mère, il y a eu un vrai bouleversement à l’intérieur de moi et ma voix est sortie du jour au lendemain.

Pourquoi êtes-vous passé au français pour ce troisième album solo ?
On me reprochait souvent de chanter en anglais, mais pour moi, c’était une manière de me protéger. Après réflexion, avec ma nouvelle équipe, on s’est dit que c’était le moment de livrer un bout de ma vie, de lâcher certaines de mes histoires. C’était important de revenir en français.

Comment est né l’album Silvère ?
J’ai démarré seul il y a un an et demi, dans une petite chambre à Paris. Je me suis allongé sur un lit, j’ai fermé les yeux et pensé à mon enfance. Pour Mother c’est sorti d’un trait, un soir, plongé dans un bain d’émotions, d’ailleurs ce sont les voix du premier enregistrement, en home studio. Le reste des chansons a été fait à la maison, pendant l’été.

Ce disque a-t-il subi l’influence du son d’aujourd’hui ?
Pour moi, ça n’est pas un album rétro, sauf peut-être l’ouverture New Day, très 1990. On voulait un son actuel, mais pas trap. Ce n’est pas un album de rappeur. L’idée était de s’inspirer de ce qui nous entoure et d’en faire un nouveau plat, tout simplement. C’est un disque de chansons, avec 95% de programmation. Par contre les arrangements sont faits avec des vieux moogs, pour une texture organique avec des sons électroniques.

Skin tourne sur une rythmique fameuse de James Brown…
C’est le premier morceau que j’ai écrit et composé. Ça a démarré par le texte : je voyais les briques rouges de ma cour de récré, où j’essayais de jouer avec les autres jusqu’au moment où tout le monde s’est retourné et m’a dit "Sale Noir, tu es sale", et toute l’assistance s’est mise à rigoler. J’ai imaginé une tache d’encre noire qui s’éclate contre les briques, d’où : "D’une touche noire teintée frissonnent briques et calots". Je me suis inspiré du son des années 1980 avec ce breakbeat de James et du côté dépouillé de James Blake. J’ai voulu mélanger ces deux mondes avec des bruits de bouche beatbox. C’est comme s’il y avait trois morceaux en un. Je voulais apporter cette folie qu’il y a en moi et la mettre en musique. Et puis je rêvais de rapper sur un breakbeat de James, comme les rappeurs à l’ancienne Ultramagnetic MCs ou Rob Base & EZ Rock. 

D’où vient la chanson Babylone ?
Ce morceau est né après avoir vu un épisode de Luke Cage sur Netflix. Un fils Marley chante dans un club et ça m’a évoqué la chanson. J’ai fait le son sur mon ordi avec une basse un peu dub et un côté électro. Une mélodie m’est venue, il y avait l’histoire de ce jeune gamin tué dans la rue, Trayvon Martin, et j’avais lu dans Le Parisien l’histoire d’une femme retrouvée dans une poubelle. Je me suis lancé et vu que ce sont des faits urbains, ça a donné Babylone.

Le rap des années 1990 a la cote. Vous envisagez une reformation du Saïan ?
La reformation, je l’ai tentée sur mon second solo, mais ça ne s’est pas fait, l’envie était pourtant là chez tout le monde, mais non, dommage. Il n’y avait plus l’alchimie.

Sly Johnson Silvère (Foniogramme) 2019

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