Les Patrons valorisent le capital zouglou

Le duo ivoirien Les Patrons. © Universal Music Africa

Avec l’envie d’emboiter le pas à la locomotive Magic System qui tire le train du zouglou, le duo des Patrons ouvre le coffre de son cinquième album intitulé Trésor et renforce sa crédibilité artistique sur la scène ivoirienne.

Pour accompagner leurs vingt ans de carrière au service d’un genre musical qui a lui-même fêté en 2020 ses trente ans d’existence, les Patrons pouvaient difficilement faire l’économie sur leur nouvel album d’une chanson à la gloire du zouglou, auquel ils doivent tant. Le résultat ? Zouglou CI (pour Côte d’Ivoire, NDLR), "un hommage à nos devanciers", explique Éric Yahou, moitié du duo autrefois quatuor. Avec son complice et aîné Clem’so, il y raconte à la fois l’évolution de cette musique devenue un des traits de "l’identité culturelle" de son pays et passe en revue le rôle de ses pionniers, comme Les Parents du Campus de Didier Bilé ou Les Salopards de Soum Bill, sans oublier ses stars internationales que sont Magic System, "un exemple à suivre"

Dans cette optique, sur leur nouveau projet discographique, ils indiquent avoir voulu "rendre [leur] musique un peu plus commerciale" tout en la gardant "naturelle", c’est-à-dire en conservant ses bases "wôyô ambiance facile", pour reprendre l’expression consacrée qui fait référence à l’ère primaire du zouglou. Parmi ceux qui les ont aidés à résoudre cette équation complexe, figure notamment DSK On The Beat, arrangeur franco-ivoirien sollicité entre autres par Aya Nakamura, MHD, Damso ou Fally Ipupa.

"On doit pouvoir se servir des autres genres pour permettre à notre musique de traverser les frontières avec des sonorités qui ne sont pas celles de nos terres, de nos cultures", estime Eric Yahou. D’où les allusions afro-zouk sur Demain, congolaises sur Allô Allô ou à la fin d’Illusion… Autant d’influences qui font partie du décor musical dans lequel les deux Patrons ont grandi. "Petit Pays (chanteur camerounais, NDLR) a bercé mon enfance particulièrement. Pepe Kalle aussi, comme Tabu Ley Rochereau – le père de Youssoupha. Ils nous ont permis de savoir que la musique est vaste", poursuit le benjamin du duo.

Message d’union

Au passage, il a aussi appris l’art du libanga, cette pratique si fréquente à Kinshasa qui consiste à citer les noms et prénoms d’individus (ayant en général versé au préalable une contribution financière !), en plein milieu des paroles d’une chanson, aboutissant de facto une sorte de cadavre exquis dont l’effet n’est pas toujours des plus réussis. "On a vingt ans de carrière et on a voulu honorer toutes les personnes qui nous ont aidés depuis le début, parce que vingt ans, ce n’est pas vingt jours. On le fait dans un premier temps de façon naturelle, comme une marque de reconnaissance, pas forcément comme au Congo", justifie Eric qui assure que ces hommages personnalisés ne sont pas systématiquement la contrepartie d’une rémunération… mais précise que cela reste tout de même possible !

Le trésor, qui donne son titre à l’album et lui sert de visuel, n’est donc pas celui-là, sonnant et trébuchant. En termes de valeurs, dans les seize nouvelles chansons de leur répertoire, Eric et Clem’so ont préféré mettre en avant "le pardon, l’élévation", message d’union qu’il leur semble "important de véhiculer" au regard des heures sombres par lesquelles la Côte d’Ivoire est passée au cours des dernières décennies. "Tous ceux qui se battent pour que le pays aille de l’avant sont des trésors", considère le duo, qui tient à souligner dans ses textes les vertus de "la philosophie zouglou".

Les Patrons Trésor (Universal Music Africa) 2021

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