Kyo se taille la part du Lion

Kyo sort un nouvel album intitulé "La part des lions". © Laura Gilli

Quatre ans après Dans la peau, les membres de Kyo sont de retour avec un nouveau batteur, Jocelyn Moze et un son plus rock et organique que jamais, que l’on écoute sur La part des lions. Rencontre avec Benoît Poher, chanteur et parolier du groupe.

RFI Musique : La part des Lions évoque l’expression "se tailler la part du lion", pourquoi avoir choisi ce titre ?
Benoît Poher
: C’était une phrase qui me revenait souvent et qui correspond bien à l’histoire des personnages du disque, Margaux, Omar et Marlow, dont on a construit l’histoire comme une minisérie à travers les clips qui accompagnent les chansons. Je les imaginais avoir la vingtaine et l’envie de dévorer le monde.

Qui sont donc Margaux, Omar, Marlow auxquels sont donc dédiées plusieurs chansons du disque, ce titre éponyme, Mon époque, Stand Up et Quand je serai jeune ?
On ne sait pas vraiment. Certains fans font le rapprochement entre Margaux et le personnage de Sarah sur la chanson éponyme de notre album 300 lésions (2004). C’est vrai que ce sont deux personnages féminins qui encaissent les coups durs sans se laisser abattre. Les autres ont peut-être des traits de caractère de personnes de notre entourage…. C’est troublant de les voir évoluer dans les clips de Hakim Lahoua (réalisateur de clips pour le rappeur Lefa notamment, ndlr). On voulait travailler avec lui depuis longtemps et c’est une vraie collaboration artistique, nous sommes extrêmement contents de son travail.

Qu’est-ce qui vous a donné envie de revenir avec un nouvel album ?
On aura envie jusqu’à la fin des temps. On se sent vivre en faisant de la musique ! Un disque est aussi toujours un challenge. Entre nous d’abord, on essaie de s’impressionner au sein du groupe déjà (Rires). Puis on croise les doigts pour que ça touche le public. C’est ce qui nous motivera toujours. C’est facilité par le fait que l’on est très amis, ce n’est pas un détail.

Vous avez participé à l’écriture de plusieurs chansons pour des comédies musicales -Le Roi Soleil, Cléopâtre. Ces expériences ont-elles influencé votre désir de réaliser un album qui s’écoute un peu comme une histoire ?
Non, cela vient plutôt du cinéma. Je regarde des tonnes de séries et de films. (Rires) Au-delà de la musique, on a la passion de raconter des histoires. Ce n’est pas facile en trois minutes trente. Ici, c’était aussi l’occasion d’allier deux plaisirs : celui de la musique et comme dans une série, avoir la possibilité d’entrer de plus en plus dans les personnages. C’est nouveau et excitant.

En revanche, une constante dans votre musique, c’est la mélancolie...
On a toujours été paradoxaux parce qu’on passe le plus clair de notre temps à se faire rire et raconter des bêtises ! L’humour, c’est le ciment du groupe. On est tellement joyeux dans la vie qu’on met peut-être toute notre mélancolie dans notre musique…

C’est peut-être votre album le plus rock. Est-ce l’influence de Jocelyn Moze ?
Oui, c’est un peu plus rock. Jocelyn avait la volonté d’une approche de groupe et qu’on puisse visualiser un groupe qui joue en écoutant le disque. Donc, il y a moins d’arrangements, le son est plus brut et spontané.

Paris et Mon immeuble sont pleines de poésie urbaine. Ont-elles été influencées par le confinement ?
Elles ont été écrites bien avant la covid. Paris parle des attentats du Bataclan ; j’ai mis beaucoup de temps à digérer ce drame et à écrire dessus. J’avais peur que cela soit maladroit. Quant à Mon immeuble, je vis à Paris depuis quinze ans et j’aime bien observer et raconter ces petites scènes de voisinage, parfois amusantes, parfois que l’on subit, dans les appartements.

Dans Stand Up vous vous mettez à la place d’une femme prise au piège d’une relation amoureuse, qui craint de se retrouver "empaillée dans la chambre du bébé"…
Pour le coup, c’est un texte que j’ai écrit rapidement après avoir regardé un reportage sur les pervers narcissiques. Cela m’a beaucoup remué et j’ai écrit le texte presque scolairement en restituant ce que je venais d’entendre.

Quand je serai jeune évoque des erreurs. Avez-vous des regrets ? 
En tant qu’êtres humains oui, en tant que groupe, pas vraiment. Même si l’on assume plus ou moins certains styles vestimentaires ou capillaires qu’on a pu arborer ! (Rires) Il y a plein de choses qu’on aurait pu mieux faire, mais nos erreurs nous ont menées aussi où nous sommes.

Comment imaginez-vous l’évolution de votre carrière ? Aimeriez-vous composer pour le cinéma ?
Oh oui ! C’est un rêve qu’on ne lâchera pas. Une scène peut basculer d’un extrême à l’autre selon la musique. Cette incroyable puissance de la musique sur le jeu et l’image nous passionne.

Kyo La part des lions (RCA/Sony) 2021

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